Depuis huit ans, l’étendard à la rose est solidement hissé sur le Château cantonal de Neuchâtel. Avec trois élus sur cinq au Conseil d’Etat, le Parti socialiste a la main sur la plupart des départements centraux: finances, santé, écoles, économie et cohésion sociale. C’est cette majorité absolue qui sera l’un des grands enjeux lors des prochaines élections cantonales du dimanche 18 avril. Et si l’on compte pas moins de 21 candidats dans la course au gouvernement, celle-ci pourrait se résumer à la question de savoir si les Vert·e·s prendront le troisième siège socialiste.

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La position socialiste est en effet fragilisée par le double départ de Monika Maire-Hefti et de Jean-Nathanaël Karakash, ainsi que par l’excellent trend des Vert·e·s, poussés par leurs succès des fédérales en 2019 et des communales en 2020. Président du Parti socialiste neuchâtelois (PSN), Romain Dubois est conscient du défi. «Notre objectif est de maintenir une majorité de gauche, mais pas de la garder à tout prix pour nous seuls», assure-t-il. Paradoxalement, le PS affiche des ambitions en lançant une liste d’envergure: Laurent Kurth, l’actuel homme fort du gouvernement, l’ancienne présidente du parti cantonal Florence Nater, ainsi que Frédéric Mairy, conseiller communal de Val-de-Travers et président de l’Association des communes neuchâteloises.

Candidat unique pour les Vert·e·s

«Nous n’avons pas l’habitude de présenter des porteurs d’eau, défend Romain Dubois. Nos trois candidatures sont fortes et nous assumerons la confiance de la population si les trois devaient être élus.» Le PS aurait souhaité faire alliance avec les Vert·e·s, mais ceux-ci ont rejeté l’offre. Optant pour le cavalier seul, ils ont lancé une unique candidature, celle de Roby Tschopp, membre de l’exécutif de Val-de-Ruz et spécialiste de l’économie durable. «Faire listes séparées au premier tour, c’est la meilleure stratégie pour que chacun puisse se profiler et développer ses propres forces, ratisser plus large et au final faire gagner l’ensemble de la gauche», justifie la présidente des Vert·e·s, Christine Ammann Tschopp.

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Avec deux parlementaires fédéraux et une progression dans les villes – ils sont dorénavant le premier parti de La Chaux-de-Fonds –, les Vert·e·s ont les faveurs de la cote pour retrouver un siège au gouvernement cantonal, dont ils sont absents depuis la non-réélection de Fernand Cuche en 2009. Christine Ammann Tschopp souligne «la légitimité» de son parti: «Nous représentons dorénavant 20% de l’électorat, qui nous fait confiance tant sur notre politique de gestion de l’après-covid que sur la transition écologique.»

La question de la représentation féminine

Reste que la gauche, divisée lors du premier tour, pourrait aller au-devant d’un choix douloureux, s’il fallait retirer un candidat pour resserrer les rangs en vue du second tour, en particulier si Florence Nater terminait troisième de la liste socialiste. Car surgirait alors le spectre d’un Conseil d’Etat entièrement masculin, ce qui n’est plus arrivé dans le canton de Neuchâtel depuis 1997 et l’élection de la socialiste Monika Dusong. En effet, les deux derniers sièges du gouvernement semblent promis aux PLR sortants, Laurent Favre et Alain Ribaux.

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Et même si Alain Ribaux a fait grincer des dents en déclarant récemment au journal cantonal ArcInfo qu’il avait «hésité à se représenter», le président du PLR neuchâtelois, Fabio Bongiovanni, est persuadé de la réélection de «ses» deux ministres. «Leur bilan est à saluer: développement des infrastructures de transport pour Laurent Favre et réforme des institutions pour Alain Ribaux», plaide le libéral-radical, qui ne cache pas son désir de gagner un troisième siège. Mais les deux autres candidats de la liste, Crystel Graf et Lionel Rieder, jeunes et moins connus que leurs colistiers, auront de la peine à passer l’épaule. «Ce sont des outsiders, reconnaît Fabio Bongiovanni. Mais des outsiders au profil intéressant et qui pourraient bien créer la surprise.»

L’ambition vert’libérale

Beaucoup s’accordent sur le fait que les cinq sièges devraient donc se jouer entre six candidats, les deux PLR sortants, les trois socialistes et le Vert. L’UDC est en déconfiture, loin des succès électoraux des années Yvan Perrin. De l’autre côté de l’échiquier, l’extrême gauche demeure divisée entre les listes POP et SolidaritéS. Mais cette vision d’un jeu limité à six n’est pas partagée par Sarah Pearson Perret, coprésidente des vert’libéraux neuchâtelois, un parti renforcé par l’élection en octobre dernier de Mauro Moruzzi à Neuchâtel, premier élu vert’libéral à accéder à l’exécutif d’une grande ville romande.

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«Ce succès nous a démontré que ce qui peut sembler loin est finalement peut-être plus accessible qu’il n’y paraît», souligne Sarah Pearson Perret. Elle table également sur l’envie de changement après deux législatures d’un Conseil d’Etat composé de seuls deux partis, PLR et PS, et sur un ticket 100% féminin: Brigitte Leitenberg et Mireille Tissot-Daguette. Un maintien au second tour n’est pas exclu. Il demeure néanmoins une certitude, le scrutin promet davantage de suspense qu’en 2017 où les cinq conseillers d’Etat sortants avaient été réélus, en bloc, sans même avoir besoin de passer par un deuxième tour.