Jusqu'ici Neuchâtel avait toujours été considéré comme un canton très proche de Fribourg dans la problématique de la péréquation. Or si le second s'en sort, le premier plonge: avec une surcharge financière de 184 francs par habitant (30 millions au total), il prend la position la moins avantageuse du classement. «Une situation qui tient en partie du mystère et dont je ne vois pas comment en l'état je pourrais la justifier devant le Grand Conseil», souligne le patron des Finances, Jean Guinand.

Les experts en finances fédérales avancent toutefois certains éléments d'explication. Le canton profitera lui aussi des améliorations introduites dans le projet, mais dans une faible mesure. Il recevra notamment 9 millions pour compenser un nombre de personnes âgées et de chômeurs plus élevé que la moyenne suisse. Ces correctifs n'ont cependant pas suffi à annuler les effets négatifs qu'entraîne le montant des «recettes potentielles». Celles-ci marquent une différence importante avec les recettes effectives. Autrement dit, le canton est plus riche qu'il ne paraît.

Ce contraste pourrait être l'effet de la politique économique ambitieuse menée par l'Etat, qui a consenti des privilèges fiscaux généreux aux entreprises qui s'y implantent, ainsi qu'aux cadres qui y travaillent. La statistique montre par contre que, dans presque tous les groupes de tâches, les dépenses du canton sont supérieures à la moyenne nationale.

Des cantons sièges de holdings, comme Fribourg, Bâle-Ville ou Zoug, ont su défendre leur bifteck et ne seront pas pénalisés par leur politique fiscale attrayante. Contrairement à ceux-ci, Neuchâtel ne semble pas avoir su faire valoir que sa promotion économique avait des retombées bénéfiques pour l'ensemble de l'économie suisse.

Y.R.