Comme elle l’avait annoncé de longue date, la ministre neuchâteloise de la Santé, Gisèle Ory, a fait un traitement politique de l’organisation hospitalière. Elle a convaincu une majorité du Conseil d’Etat qu’il était, en l’état, plus important de calmer les esprits et d’opter pour une répartition équilibrée des missions entre les actuels établissements de La Chaux-de-Fonds et de Pourtalès à Neuchâtel. Les exigences d’économicité, voire d’attractivité, passent clairement au second plan.

Mis sous la pression de trois initiatives populaires, le Conseil d’Etat s’est appliqué à proposer un plan hospitalier susceptible d’optenir l’aval du plus grand nombre, et notamment des initiants virulents des Montagnes, exigeant la stricte application de la loi actuelle qui prône l’équilibre entre les deux hôpitaux. Au contraire du Conseil d’administration d’Hôpital neuchâtelois (HNE) qui donnait davantage d’importance à Pourtalès, le gouvernement a décidé de créer deux nouveaux pôles de compétences à La Chaux-de-Fonds, l’un de sénologie en complément de l’actuel centre d’oncologie, ainsi qu’un centre de chirurgie stationnaire.

Neuchâtel obtient le pôle «mère-enfant» qui y est déjà concentré, ainsi que celui de l’orthopédie. Il ne fera plus que de la chirurgie ambulatoire. Les deux établissements conservent des services de médecine interne, les urgences, leurs services de soins intensifs.

Gisèle Ory obtient ainsi une victoire d’étape non négligeable. Elle veut croire que son programme sera soutenu par une majorité du Grand Conseil et, surtout, qu’il calmera son électorat chaux-de-fonnier qui avait sèchement refusé le programme proposé par HNE, estimant qu’il démantelait, sans l’avouer, l’hôpital chaux-de-fonnier.

La ministre affirme que le programme ramènera non seulement une forme de paix hospitalière, mais qu’il sera source d’attractivité, de sécurité sanitaire et d’économicité. Ces derniers voeux risquent de rester pieux. Et notamment la question de l’économicité. Le plan ne formule pas d’objectif en termes d’économies. Tout au plus dit-il que les coûts de la santé ont augmenté moins vite à Neuchâtel ces dernières années qu’ailleurs, omettant de rappeler qu’ils sont, à la base, nettement plus élevés. Le plan, en lui-même, ne prévoit pas vraiment d’économies, et si tel devait être le cas, il ne les chiffre pas. Il ne fait que reprendre l’exigence, pour HNE, de raboter cinq millions en 2011, 2012 et 2013 dans ses coûts. Le plan financier prévoit même une hausse importante des coûts d’ici à 2015, de 327 à 353 millions (+ 8%). La part dévolue au canton va devoir augmenter de 162,5 à 177,3 millions.

Le plan ne fait qu’effleurer la perspective, «à l’horizon 2022», de concentrer les soins aigus dans un unique hôpital. Le Conseil d’Etat promet de lancer, en 2012, une étude sur cette possibilité. Afin de vérifier qu’il y a bien quelques économies à faire avec un site unique. Gisèle Ory n’en est pas convaincue : «Ce n’est pas le multisite qui coûte cher à Neuchâtel, mais notre organisation opérationnelle.»