Gisèle Ory est une femme de parole. En entrant en fonction au printemps 2009, la ministre socialiste avait promis d’obtenir le retrait des trois initiatives populaires lancées contre le projet de répartition des missions entre les six sites d’Hôpital neuchâtelois (HNe). Deux ans et demi plus tard, au terme d’un feuilleton à rebondissements, elle est sur le point d’arriver à ses fins. Elle a convaincu une majorité du Conseil d’Etat d’opter pour une répartition équilibrée des missions entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel pour la période 2012-2017. Le Grand Conseil aura le dernier mot en février ou en mars prochain.

Présenté hier au Château de Neuchâtel par le gouvernement in corpore, le projet de Gisèle Ory modifie cinq des 17 axes stratégiques du plan présenté début novembre par le conseil d’administration d’HNe. Un scénario attendu: Le Temps avait révélé fin novembre (LT du 30.11.2011) que la ministre chaux-de-fonnière était parvenue à convaincre au moins deux de ses collègues de renforcer l’hôpital du Haut. Avec, en contrepartie, la perspective d’un important soutien dans les Montagnes lors des élections cantonales de 2013.

Le projet du Conseil d’Etat reprend fidèlement les propositions du groupe interpartis des Montagnes. L’hôpital de La Chaux-de-Fonds accueillera toute la chirurgie stationnaire (et non plus uniquement la chirurgie ambulatoire et de court séjour), l’oncologie et la sénologie. De quoi permettre au Parti socialiste de retirer son initiative populaire «pour l’équilibre régional des missions hospitalières».

Le Nouvel Hôpital Pourtalès (NHP) de Neuchâtel conservera le pôle «mère-enfant», comme le demandait une deuxième initiative lancée par des soignants du Littoral et le député PLR Philippe Haeberli. Il accueillera l’orthopédie – en concurrence avec l’hôpital voisin de la Providence –, la traumatologie et la chirurgie ambulatoire. Les deux hôpitaux conserveront la médecine interne, les urgences et les soins intensifs.

Pour obtenir le retrait de la troisième initiative «pour une médecine de proximité», tâche plus ardue, Gisèle Ory a fait une fleur aux initiants du Val-de-Travers. Contrairement à l’option prise par le conseil d’administration d’HNe, elle refuse de fermer la nuit le Centre de diagnostic et de traitement de l’hôpital de Couvet. Un bilan sera tiré «après trois ans». A entendre Gisèle Ory, la nouvelle répartition des missions présente tous les avantages: «La réunion d’activités dans des pôles de compétence assure la qualité et la cohérence médicale. Nous y gagnerons aussi en termes d’économicité et d’attractivité pour les jeunes médecins qui souhaitent se former dans le canton.»

La magistrate est moins à l’aise quand on lui demande de démontrer l’économicité d’un plan ouvertement politique. Graphique à l’appui, elle insiste sur l’augmentation mesurée des coûts de la santé ces dernières années au regard de la situation dans les autres cantons. Omettant de rappeler qu’ils sont, à la base, nettement plus élevés à Neuchâtel: le coût du point APDRG s’élève à 11 800 francs contre 9800 pour les hôpitaux latins non universitaires. Surcoût annuel pour le canton: 29 millions.

Le plan du gouvernement ne chiffre pas d’éventuelles économies. Il ne fait que reprendre l’exigence, pour HNe, de réduire ses charges de 5 millions en 2011, 2012 et 2013. Le plan financier prévoit même une hausse importante des coûts d’ici à 2015, de 327 à 353 millions (+ 8%).

Quid de la concentration des soins aigus sur un seul site prévu à l’horizon 2022? Gisèle Ory ne pense pas que c’est inéluctable, même si elle annonce qu’une étude de faisabilité sera lancée l’an prochain. «Ce n’est pas le multisite qui coûte cher à Neuchâtel, mais notre organisation opérationnelle», martèle-t-elle. Une position qui exaspère le ministre des Finances, Jean Studer, isolé dans ce dossier. Il l’a montré à sa manière: il n’a pas pipé mot ou presque durant la conférence de presse, laissant ses collègues répondre en bredouillant à toutes les questions financières.