Dans la salle polyvalente du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM), des panneaux photovoltaïques encadrent le président du gouvernement neuchâtelois Laurent Favre et Ana Gonseth, coordinatrice de l’Etat pour le développement durable. «Ce lieu est un symbole des énergies renouvelables et de l’innovation en terres neuchâteloises», lâche en préambule le conseiller d’Etat en charge du Développement territorial et de l’environnement.

Portant sur la période 2022-2027, ce plan constitue une première étape importante pour la politique climatique neuchâteloise, qui vise à atteindre la neutralité carbone sur le territoire cantonal d’ici à 2050, tout en maintenant une bonne qualité de vie pour les habitants. Il prévoit 52 mesures qui viennent s’ajouter à 80 actions en cours de déploiement, comme les projets de RER neuchâtelois ou de parcs éoliens.

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Une stratégie, deux piliers

La stratégie élaborée par le Conseil d’Etat repose sur deux piliers. Le premier concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport à l’année de référence 2000. Elle doit atteindre 90% d’ici à 2050 (40% en 2025). Les 10% restant seront compensés, notamment par des puits de carbone naturels – par exemple des marais – ou le financement de projets de protection climatique à l’étranger.

Les principaux efforts à fournir concerneront le secteur de l’énergie (électricité, combustibles, carburants), qui représente 80 à 85% des émissions de GES. «Cela passera par l’assainissement du parc immobilier, le développement des transports publics. Mais aussi par la production d’énergies renouvelables, qui devrait augmenter de 500% d’ici à 2050 si l’on réalise notre potentiel éolien», précise Laurent Favre.

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Le second pilier repose sur l’adaptation aux défis posés par le réchauffement climatique: protection contre les dangers naturels, sécurisation de l’approvisionnement en eau ou encore exploitations des milieux naturels adaptés à des températures plus élevées. «La crue survenue à Cressier l’an dernier montre que des mesures doivent être prises», ajoute le conseiller d’Etat. La gouvernance du projet sera renforcée par la création d’un comité consultatif et d’un poste de délégué au développement durable et au climat.

La réalisation de ces 52 nouvelles mesures se traduira par une dépense de 55 millions de francs, dont 33 ont déjà fait l’objet d’une décision de financement. Le Grand Conseil sera appelé à approuver un crédit complémentaire de 22,1 millions dans le courant du printemps, issu de la réserve pour les projets de développement durable. Actuellement vide, elle doit être alimentée par les bénéfices extraordinaires de la Banque nationale suisse (BNS), ce qui impliquera également une modification législative.

Ces dividendes dépendant des résultats de la BNS, le projet ne souffre-t-il pas d’une certaine instabilité? «Non, répond le conseiller d’Etat. La libération du crédit n’est pas conditionnée à cette réserve et les besoins sont planifiés dans le budget 2022.» Il rappelle encore que le canton de Neuchâtel fait actuellement face à des déficits de 50 à 100 millions par an, et que les 10 millions de dépenses annuelles prévues jusqu’en 2027 témoignent «d’une vraie volonté de relever le défi climatique».

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Une majorité qualifiée à convaincre

Soumis en consultation en février 2021, ce plan climat a donné lieu à 65 prises de position. «Globalement, elles étaient favorables à 66%», analyse Ana Gonseth. Reste que 52% des sondés estiment que les mesures proposées pour réduire les émissions de GES ne semblent pas pertinentes. Le plan raterait-il sa cible? «Pour certains il va trop loin, pour d’autres il est insuffisant», tempère Laurent Favre.

Selon lui, vider ce projet de son contenu reviendrait à manquer d’ambition, tandis que proposer des mesures plus drastiques constituerait une garantie d’échec. «Ce programme est incitatif plutôt que contraignant. Il doit convaincre les trois cinquièmes du Grand Conseil (majorité qualifiée) pour passer la rampe», rappelle-t-il en guise de conclusion.

Vendredi matin, les Vert·e·s et le Parti socialiste neuchâtelois n’ont pas tardé à faire part de leur mécontentement. Les premiers dénoncent un «financement anémique» tandis que les seconds regrettent que «les enjeux sociaux de la transition ne soient presque pas abordés». Qu’elle soit climatique ou non, la politique reste avant tout une affaire de compromis.

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