Neuchâtel relance ses rêves de mobilité

Rail et route Le canton sollicite les fonds fédéraux pour 2,3 milliards

Pour convaincre à Berne, le Conseil d’Etat organise un référendum cantonal, en février 2016

Laurent Favre, ministre neuchâtelois PLR de substitution après le renoncement d’Yvan Perrin, a réussi son premier grand oral, sept mois après son entrée en fonction. Parfaitement dans la ligne d’un Conseil d’Etat pourtant à majorité de gauche, il inscrit son concept global de mobilité dans le mantra gouvernemental qui entend faire de Neuchâtel «un canton, un seul espace». Il était d’ailleurs accompagné par le Conseil d’Etat in corpore lundi pour mettre en marche un processus devant aboutir à la construction, notamment, d’une ligne ferroviaire souterraine directe entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds et des contournements autoroutiers du Locle et de La Chaux-de-Fonds.

Le terrain est pourtant miné. Le 23 septembre 2012, pour 400 voix (sur 67 000 exprimées), le projet de Transrun était enterré en votation populaire, jugé trop cher et mal défendu par un gouvernement déliquescent. Le 24 novembre 2013, malgré l’appel lancé par le ministre UDC Yvan Perrin, les Neuchâtelois, à l’instar des Suisses, rejetaient à 50,6% l’augmentation du prix de la vignette autoroutière à 100 francs. Ils devaient en être les premiers bénéficiaires, puisque le transfert de 380 kilomètres de routes cantonales à la Confédération devait avoir pour effet la réalisation de l’autoroute d’évitement des villes du Haut.

En net déficit d’infrastructures de mobilité, les Neuchâtelois ont ainsi, à deux reprises, rejeté les projets qui leur étaient soumis, contestant leurs financements.

Ancien parlementaire fédéral, bon connaisseur des dossiers de mobilité et de leurs financements, ainsi que des rouages politiques bernois, Laurent Favre a peut-être trouvé le moyen de convaincre les siens: il leur soumet, en votation populaire planifiée le 28 février 2016, un concept global de mobilité qui inclut le rail, la route, les transports publics cantonaux et la mobilité douce. «Il s’agit de fédérer les régions, concrétiser la complémentarité route-rail et doter le canton d’un outil nécessaire à sa croissance économique et démographique, lui permettant de viser les 200 000 habitants et les 100 000 emplois à l’horizon 2030-2040», dit-il avec solennité.

Sa recette: plutôt que de concentrer tous les moyens sur les projets phares, comme le Transrun en 2012, il prône un RER avec des aménagements qui ne se limitent pas à une ligne souterraine directe entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. Autre décision forte: il exclut le percement d’un second tube autoroutier sous la Vue-des-Alpes – même s’il réclame un assainissement de l’ouvrage et le percement d’une galerie de sécurité, le tout pour 200 millions –, lui préférant le tube ferroviaire. «Nous escomptons faire passer de 13 à 25% le trafic ferroviaire entre les deux villes d’ici à 2030», affirme le ministre.

Tout cela est bien joli. Encore faut-il trouver les 2,6 milliards de francs nécessaires aux ambitions ferroviaires et routières. Neuchâtel n’a pas les moyens de les investir. Il se tourne vers la Confédération et ses fonds ferroviaire FAIF et routier FORTA. Il a fait des demandes de 1,1 milliard pour le rail et 1,2 milliard pour la route.

Or, on rétorque à Laurent Favre qu’à deux reprises les Neuchâtelois ont refusé dans les urnes les projets de mobilité. Il entend corriger la donne, avec le scrutin de février 2016. Il espère un soutien massif à son programme, pour infléchir la Berne fédérale.

Neuchâtel abat une autre carte: s’il a besoin de l’argent des fonds fédéraux, il mettra lui aussi la main au porte-monnaie. A hauteur de près de 300 millions sur vingt ans pour développer son réseau routier, ferroviaire et de mobilité douce. Mieux, dès 2019 et dès que la Confédération lui aura garanti qu’elle versera 900 millions pour la ligne ferroviaire directe Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds – c’est le même tracé que pour l’ex-Transrun dont le nom n’est plus prononcé, sous Chaumont et la Vue-des-Alpes, avec la suppression du kilomètre à ciel ouvert au milieu du Val-de-Ruz (voir l’infographie) –, Neuchâtel démarrera les travaux, dès 2019, pour les avoir terminés en 2030 lorsque l’argent fédéral sera versé. Il préfinancera l’opération, dépensant pour cela 110 millions, soit une charge annuelle de 6,5 millions en une petite vingtaine d’années. «Le préfinancement est un signal majeur», s’enthousiasme Laurent Favre, faisant remarquer qu’en finançant la nouvelle ligne, la Confédération évitera de dépenser plusieurs centaines de millions pour remettre en état l’actuelle ligne centenaire Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds, qui rebrousse à Chambrelien.

Laurent Favre: «Le préfinancement de la ligne ferroviaire souterraine est un signal majeur»