Société

Neuchâtel rebaptise l’Espace Louis-Agassiz

Le scientifique aux thèses racistes doit céder la place à Tilo Frey, femme, métisse et pionnière de l’égalité

La ville de Neuchâtel a pris la décision de renommer l’Espace Louis-Agassiz, adresse de la Faculté des lettres de l’université. En cause: le racisme scientifique développé au XIXe siècle par le chercheur, dont la renommée mondiale dans le domaine de la glaciologie et de l’étude des fossiles demeure cependant incontestée. Louis Agassiz avait effectivement développé des thèses cherchant à classer les races humaines et aurait même milité pour la ségrégation des Noirs et des Blancs aux Etats-Unis, où il a vécu une partie de sa vie.

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Cette mesure annoncée vendredi est une réponse à une interpellation de l’extrême gauche au parlement de la ville, qui demande à réexaminer la place dédiée au scientifique controversé dans l’espace public en raison de son «racisme viscéral». La décision n’est pas sans rappeler les polémiques qu’a suscitées le nom de Louis Agassiz ces dernières années en Suisse: en 2007, l’historien et militant antiraciste Heinz Fässler a appelé à renommer le Pic Agassiz, alors que l’année dernière, l’alpiniste Reinhold Messner condamnait la décision du Club alpin suisse de ne pas rayer le scientifique de la liste de ses membres d’honneur.

Honneur aux femmes

Dès l’année prochaine, la Faculté des lettres de l’université sera sise «Espace Tilo-Frey», en hommage à la première Neuchâteloise et femme de couleur sous la coupole fédérale. La ville répond ainsi également au souhait du PLR de mettre à l’honneur cette pionnière de l’émancipation féminine, issue des rangs des radicaux.

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Pour Thomas Facchinetti, conseiller communal chargé de la Culture et de l’Intégration, il n’est pas question d’effacer la mémoire du grand homme ni de céder au politiquement correct. Le buste de Louis Agassiz à l’université de même que le tableau du Musée d’histoire naturelle demeurent exposés, rappelant ses contributions importantes pour l’université, le musée et la ville de Neuchâtel. «C’est par ce type d’action symbolique que nous pouvons à notre échelle prendre le contre-pied de l’intolérance, de la xénophobie et du racisme qui malheureusement montent en puissance dans de nombreuses régions du monde.»

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