Pauvre Francis Matthey! Lui qui a rêvé de grands desseins pour lui et sa région doit, en guise de révérence, défendre des modifications légales en rapport avec les cabarets et la police des chiens! Après treize ans de gouvernement, le Chaux-de-Fonnier part à la retraite au terme de la législature, le 21 mai. Il vit sa dernière session parlementaire.

Francis Matthey prononcera un discours solennel devant le Grand Conseil, mercredi, synonyme de testament politique, en compagnie de son collègue démissionnaire, le libéral Jean Guinand. En attendant, laissant la vedette au ministre des Finances qui proposera mardi un assouplissement fiscal en faveur des rentiers AVS, le conseiller d'Etat socialiste de l'Economie, homme fort du gouvernement, doit faire ses adieux en défendant, sans grandiloquence, un paquet de mesures susceptibles de protéger la population contre les risques d'attaques de chiens dangereux.

Privilégiant le consensus aux actions d'éclat, Francis Matthey garde le cap dans cet ultime dossier approuvé par le Grand Conseil: Neuchâtel ne préconise pas de mesures spectaculaires, malgré la gravité de l'agression de deux enfants et de leur mère par un chien de race «amstaff» à Bevaix en octobre 2000. «Nous ne voulons pas répondre à des craintes, au demeurant justifiées, par des mesures inapplicables», affirme le conseiller d'Etat, renonçant à interdire l'une ou l'autre race canine ou à introduire un permis de détention de chiens potentiellement dangereux. «Cette mesure administrativement disproportionnée ne garantit aucune sécurité supplémentaire», précise le gouvernement.

Après avoir exigé l'identification par tatouage ou puce électronique dans les années 70, interdit les chiens errants et imposé la muselière et la laisse aux chiens hargneux en 1997, Neuchâtel, qui compte 11 000 toutous sur son territoire, décrète le séquestre, voire la mise à mort d'un chien qui a agressé un être humain. Le service vétérinaire pourra aussi interdire la détention de chiens aux personnes incapables de s'en occuper ou de les dresser correctement. Afin d'éviter les récidives, le canton prévoit encore l'annonce obligatoire des morsures. «Dans le cas de Bevaix, il s'agissait de la troisième morsure grave d'un chien appartenant au même propriétaire», constate le Conseil d'Etat.

Contestant une proposition de PopEcoSol qui entendait imposer un cours de sensibilisation à tout nouvel acquéreur de chiens, Francis Matthey a annoncé la diffusion «à grande échelle d'une information précisant les comportements à adopter et comment prévenir les agressions canines».