La liste des échecs en votation populaire de projets urbanistiques et de mobilité s’allonge à Neuchâtel. Il y avait eu le rejet du réaménagement des Jeunes-Rives en ville de Neuchâtel, en septembre 2003 (à 61,1%, un an après Expo.02), le refus plus net encore des Chaux-de-Fonniers (78,4%) de transformer les 300 premiers mètres du Pod en zone de rencontre en mars 2004, et l’abandon du RER-Transrun en septembre 2012, pour 418 voix (50,3%).

Dimanche, les Neuchâtelois de la ville ont enterré le programme pourtant soutenu par tous les partis sauf le PDC, l’exécutif et le parlement (à 32 contre 7) de transformer le carrefour Numa-Droz, réglé par des feux, qui donne accès au centre historique, en une place conviviale, avec un rond-point quadrangulaire, où auraient dû se côtoyer harmonieusement piétons, cyclistes, bus et voitures. Le rejet est net: 6217 voix contre 3916, à 61,3%, comme le non aux Jeunes-Rives il y a dix ans. La participation a atteint 41,3%.

Président de l’exécutif et porteur du projet, le PLR Pascal Sandoz encaisse difficilement. «Nous voulions donner un second souffle à la ville», dit-il, déplorant le fait que «les opposants ne fassent pas de propositions pour améliorer le lien entre la ville et son lac».

Avec le TCS, les commerçants de détail du centre-ville ont fait aboutir le référendum et l’ont emporté dimanche. «L’actuelle place Numa-Droz n’est certes pas idéale, en l’état, mais elle fonctionne et, surtout, ce n’est pas la priorité des actions à lancer dans le cœur historique de Neuchâtel», dit Susanne Dändliker, commerçante. «L’accessibilité, les places de parc, la diversité du commerce sont les priorités de la zone piétonne, renchérit Bénédicte Wildhaber, autre commerçante. Là, rien ne se fait. On ne voit pas ce qu’un rond-point amènerait.» Parti qui s’est profilé sur le rejet de Numa-Droz, le PDC clame que c’est «la sécurité qui l’a emporté».

Défiance

Un nouveau non est donc sorti des urnes neuchâteloises dimanche. Avec, en filigrane, un nouvel acte de défiance envers l’autorité. Même si l’exécutif de la Ville de Neuchâtel, réélu en mai 2012, ne souffre pas des mêmes problèmes de crédibilité que le Conseil d’Etat. Pourtant, les porteurs spécifiques du projet, Pascal Sandoz et le socialiste Olivier Arni, subissent un camouflet. Olivier Arni, un brin abasourdi, ne peut que constater «le décalage entre les autorités et la perception de la population, une frustration ambiante, un climat de peur et d’incertitude, un rejet des élites aussi, car le projet Numa-Droz émanait d’un concours international».

Le refus neuchâtelois de la place Numa-Droz ajoute encore à l’incertitude qui plane sur les élections cantonales du 14 avril. La grogne bouleversera-t-elle le rapport des forces politiques?