Comme dans le Jura, les questions liées au tabac sont délicates à Neuchâtel. Il s'agit de favoriser la promotion de la santé sans vexer les firmes qui fabriquent des cigarettes, présentes dans le canton. Une réglementation fédérale aurait évité un débat cantonal. Le dossier étant enlisé sous la Coupole, Neuchâtel passe à l'action. Une initiative munie de 10500 signatures et trois motions l'y contraignent.

Roland Debély et le gouvernement s'alignent sur d'autres cantons latins (Fribourg, Vaud, Valais, Tessin): ils décrètent l'interdiction de fumer dans les lieux publics fermés et les restaurants, assortie d'un régime d'exceptions. L'initiative ne prévoyait pas d'exception. «Elle n'est pas recevable, car on doit respecter les principes constitutionnels de proportionnalité et les libertés individuelles», argumente Roland Debély.

Les exceptions à l'interdiction de fumer s'appliquent d'abord aux «lieux de vie»: chambres d'hôpital ou d'EMS pour séjours de longue durée, cellules carcérales, chambres d'hôtel. Le gouvernement autorise la création de fumoirs ventilés dans les restaurants. «Sans service», précise le ministre.

S'il prône une loi comparable à celles de cantons voisins, Neuchâtel nuance le discours. S'il est admis qu'il faut protéger les non-fumeurs, la cigarette n'est pas stigmatisée et le «compromis acceptable» entend ne pas mettre de côté «certains acteurs économiques importants du canton». Alors qu'il sera interdit de fumer dans les commerces, la liste des exceptions comprend «les sociétés et fabriques de tabac ainsi que les lieux vendant exclusivement du tabac».

Lorsqu'on demande en quoi le poids de Philip Morris, présent à Neuchâtel, a joué, Roland Debély répond: «Nous avons la chance d'avoir cet employeur important, gros contributeur et partenaire socioculturel engagé. Nous avons ici une culture du tabac. En comparaison, les Neuchâtelois fument plus que les autres Suisses. Mais nous n'avons pas favorisé Philip Morris.» Dans la consultation menée sur l'initiative, Philip Morris avait exprimé sa désapprobation, alors que la majorité des partis et des organismes interrogés soutenaient le texte.

Le gouvernement propose au Grand Conseil de privilégier la loi à l'initiative. Il faudrait alors un référendum pour que le peuple soit consulté. S'il semble en bonne voie pour régler la question de la fumée passive, Roland Debély n'a pas trouvé la solution pour réaliser une autre motion prônant l'interdiction de la publicité pour le tabac et l'alcool.