A Neuchâtel, des sites hospitaliers en sursis

Réforme Le dos au mur, Hôpital neuchâtelois devra réduire le nombre de ses centres de traitement et de réadaptation

Le Locle se défend

Depuis la décision du peuple d’équilibrer les missions de chirurgie entre les sites de Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds, en novembre dernier, Hôpital neuchâtelois (HNE) a retrouvé un peu de calme. Ça ne va pas durer. Fin septembre, au moment de valider la mise en œuvre des options votées en 2013, le ministre de la Santé Laurent Kurth a insisté sur la nécessité de réformer «à court terme» le domaine de la réadaptation, aujourd’hui dispersé sur les sites du Locle, de La Béroche, de Couvet et de Landeyeux (LT du 26.09.2014).

Le projet de refonte de la réadaptation ne tombe pas du ciel. La filière connaîtra un nouveau système de financement au niveau national dès 2018 sur le modèle des forfaits par cas pour les soins aigus. Pour être remboursés par les caisses maladie, les centres de traitement et de réadaptation (CTR), qui accueillent notamment les malades qui ont besoin de rééducation, devront être organisés par filières avec un système d’accréditation. Une spécialisation en rupture avec l’organisation généraliste qui règne dans de nombreux hôpitaux suisses.

Face à cette révolution, la direction d’HNE propose de concentrer toute l’activité de réadaptation sur un seul site, voire sur deux, avec une répartition entre les villes de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds. Ce scénario impliquerait de fermer les quatre CTR actuels, qui concentrent aujourd’hui 125 lits et emploient 290 EPT (équivalent plein-temps). Cela entraînerait la fermeture pure et simple de trois sites hospitaliers – éloigné des sites principaux, l’hôpital du Val-de-Travers n’est pas menacé.

Le Conseil d’Etat entre en matière sur le principe, mais juge un tel scénario «prématuré». Il a demandé à la direction d’HNE de présenter une solution intermédiaire. En attendant une décision globale concernant le redéploiement géographique d’HNE avec la possible mise en place d’un site unique de soins aigus. «Dans deux ans, on devrait savoir où on va», estime Laurent Kurth. Le dernier mot reviendra au Grand Conseil – qui doit valider la fermeture d’un site – ou au peuple.

Le traitement du dossier pourrait s’accélérer ces prochaines semaines. La démission de plusieurs médecins cadres du service de radiologie (lire ci-dessous) va rapidement poser des problèmes de fonctionnement dans les sites de soins aigus, mais aussi pour les CTR. Une tuile pour HNE, qui peine déjà à faire face à ses obligations. Deux médecins étant en arrêt maladie, la policlinique de La Béroche est fermée «jusqu’à nouvel avis» depuis mi-octobre. Au Locle, qui a connu des problèmes similaires en 2013, la policlinique est ouverte uniquement l’après-midi, grâce notamment à l’appui de médecins retraités.

Dans ce contexte, avec un hôpital cantonal qui traîne une dette de plus de 300 millions de francs, la marge de manœuvre des autorités politiques est étroite. L’exécutif de la commune fusionnée de Val-de-Ruz, 16 000 habitants, l’a bien compris: il a déjà fait le deuil de l’hôpital de Landeyeux, situé au cœur de la vallée. «Nous anticipons une éventuelle fermeture du site depuis plusieurs mois, précise François Cuche, conseiller communal en charge des Affaires sociales. Nous préférons être proactifs plutôt que d’être mis devant le fait accompli par l’Etat.»

Pour l’élu socialiste, la votation de novembre 2013 a montré qu’«il faut réformer le système hospitalier cantonal». S’il regrette «la perte d’emplois» pour sa région, située entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds, il souligne sa volonté de continuer à utiliser le site de Landeyeux, qui accueille déjà un home pour personnes âgées. «On peut imaginer d’augmenter sa capacité et de développer en parallèle l’accueil de la petite enfance pour mettre en place un projet intergénérationnel, note-t-il. Rien n’est encore décidé. C’est une possibilité parmi d’autres.»

Au Locle, le ton est plus combatif. Membre de l’exécutif et de la Commission santé du Grand Conseil, le popiste Cédric Dupraz défend bec et ongles l’hôpital communal, précisant qu’il a été rénové en 2006 pour 19 millions de francs. «Ce serait une erreur de fermer tous les hôpitaux de proximité. Il faut maintenir cette première ligne de soins pour 10 000 habitants et 8000 emplois. Ne pas en tenir compte rouvrirait une guerre hospitalière alors même que la situation s’était apaisée.»

Faute de médecins, la policlinique de La Béroche est fermée «jusqu’à nouvel avis»