Jusqu'ici «loyale et collégiale», selon ses propres termes, Sylvie Perrinjaquet a décidé qu'elle avait avalé assez de couleuvres en silence. Lundi, après avoir officialisé devant la presse qu'elle serait candidate à sa propre succession en avril prochain, la ministre libérale est sortie de sa réserve: oui, elle était en désaccord avec la majorité du Conseil d'Etat avant le scrutin cantonal sur la baisse de la fiscalité de mars dernier. Oui, il est difficile de travailler au sein d'un gouvernement à majorité bourgeoise qui pratique une politique de centre gauche.

Des propos pesés et calculés: désormais candidate, la cheffe des Finances et des affaires sociales prend ses distances avec une politique gouvernementale souvent en rupture avec celle d'un Grand Conseil pourtant lui aussi à majorité bourgeoise.

Sylvie Perrinjaquet a toutefois pris garde de ne pas mettre en cause directement son collègue radical Thierry Béguin. Egalement présents, les membres du directoire du Parti libéral/PPN l'ont fait à sa place. Ils ont notamment incriminé «les trahisons» du magistrat radical, qui ont fini «par jeter le trouble» dans la population. «On ne veut plus d'un prince rouge habillé en radical au Château», a imagé Christian Viros, vice-président du parti.

Le président Jean-Claude Baudoin a souligné sa volonté de tout mettre en œuvre pour éviter de rééditer l'expérience lors de la prochaine législature. «Nous avons établi un filtre pour nos propres candidats au Conseil d'Etat. Ce filtre, nous l'appliquerons également aux représentants du Parti radical.»

Si les candidats radicaux devaient ne pas correspondre aux critères fixés, la liste historique libérale/radicale pourrait ne pas être reconduite, tout au moins au premier tour. Une menace qui illustre l'ambiance lourde qui règne entre les deux camps, alors que leur objectif commun est de maintenir la majorité de droite dans le canton. L'assemblée du Parti radical, le 19 novembre, et celle du Parti libéral, le 20, permettront d'y voir plus clair sur les intentions des uns et des autres.

Pour le Grand Conseil, «où il ne s'agit pas d'un mariage ni même de fiançailles», l'apparentement libéral/radical sera reconduit. «Dans certains districts, où il en ira du maintien de la majorité de droite, on peut même imaginer que libéraux et radicaux décident de s'associer à l'UDC», conclut Jean-Claude Baudoin.