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A Neuchâtel, de la traque des sorcières à la paillardise

Extraits d’audience pour sorcellerie et exemples de sanctions prononcées par le consistoire de Valangin

De la traque des sorcières à la paillardise

Michèle Robert ne consacre que 6 des quelque 500 pages de sa thèse aux affaires de sorcellerie satanique. Elle en dénombre 170 pour la seigneurie de Valangin entre 1568 et 1677 – «chiffre sans doute inférieur à la réalité, en raison des procédures perdues ou brûlées avec le condamné», écrit-elle.

Seules seize femmes comparaissent pour «être liées au Diable par un pacte, investies de pouvoirs surnaturels pour nuire aux hommes et aux bêtes», «et seules cinq ont été exécutées sur le bûcher de façon certaine». On est loin des chasses aux sorcières dénoncées par Fritz Chabloz au XIXe siècle.

Et d’évoquer Clauda Pettermann dit Moyne, citée (texte d’origine) «pour ce qu’il y a longue espace d’années qu’elle n’a hanté les predications ny communiqué à la Sainte Cène et aussi pour estre soubsonnee d’estre sorciere». L’accusée assure se rendre au temple aussi souvent qu’elle le peut, mais les juges veulent entendre des témoins, notamment sa sœur, qui finira sur le bûcher avec elle. Huit témoins confirment que les deux femmes leur ont fait mourir des bêtes, ont tari le lait de leurs vaches, ou pire encore, ont rendu malade un membre de leur famille. Guillama Sandoz, qui leur avait fermé sa porte, accuse une des sœurs: «Casserode, tu as donné le mal à ma fille, va le lui ôter!» Le témoin doit concéder que sa fille est désormais guérie. Jean Montandon, en revanche, souffre toujours de tremblements dans un bras par lequel elle l’avait saisi un jour. Le consistoire de Valangin transmet le cas à la justice criminelle. «La procédure est perdue, mais les comptes de l’année 1600 mentionnent l’exécution de deux sorcières au Locle qui étaient sœurs», relève Michèle Robert.

Blasphémateurs condamnés

En 1552, le consistoire condamne Michel Vallangin à gagner sa vie autrement qu’en pratiquant la sorcellerie pour guérir les bêtes, à assister plus assidûment au culte et à apprendre le Notre Père, «faute de quoi il sera châtié vigoureusement».

En 1553, des habitants des Brenets et du Locle sont mis à l’amende pour être allés «aux danses et à la messe à Morteau». L’amende est plus salée de 60 sous parce qu’ils ont refusé d’avouer leur faute.

En 1568, le consistoire condamne Pierre Racine à une peine de prison, dont la durée n’est pas précisée, pour avoir affirmé que «les ministres du culte ne disent pas la vérité et qu’il faut être fou pour les croire».

En 1569, Jacques d’Aulte a blasphémé et tiré la barbe de la personne qui lui a demandé de «baiser terre», ce que chacun doit exiger de la part des blasphémateurs. Il écope d’un jour de prison et d’une amende.

En 1721, Abram Borel, présenté comme «pilier de cabaret», est condamné à 8 jours de prison pour avoir manqué d’étrangler sa femme.

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