«Nous avions les mains liées.» La présidente du conseil d’administration d’Hôpital neuchâtelois (HNE), Claudia Moreno, résume le contexte hospitalier de son canton. Alors, loyal aux autorités politiques et en particulier à la ministre de la Santé, Gisèle Ory, qui avaient retoqué une précédente version, HNE a produit un plan qui n’a de stratégique que le nom. Le document ne traite pas – ou si peu – d’économicité hospitalière. C’est un traité de paix politique, susceptible d’éteindre momentanément les incendies régionalistes allumés depuis plusieurs années.

Il verra les coûts hospitaliers neuchâtelois, qui sont déjà aujourd’hui 20% plus élevés que la moyenne des hôpitaux de Suisse latine (le surcoût est de 29 millions en 2010 pour HNE), croître de plus de 5% jusqu’en 2015, alors que les produits progresseront deux fois moins vite.

Le plan d’HNE a pourtant une vertu: il répond aux initiatives populaires qui exigent que le pôle mère-enfant soit centralisé à Neuchâtel – c’est déjà le cas –, que l’équilibre régional soit garanti et que le Val-de-Travers conserve une prise en charge hospitalière digne de ce nom.

La formule retenue et désormais soumise aux instances politiques est la suivante: les deux hôpitaux de La Chaux-de-Fonds et de Neuchâtel conservent chacun un service d’urgences, un bloc opératoire ouvert en permanence et un service de soins intensifs de huit lits (alors que douze lits suffiraient à couvrir tous les besoins). Certaines spécialités seront concentrées: La Chaux-de-Fonds, qui a orchestré une forte mobilisation populaire (près de 10 000 lettres envoyées au Conseil d’Etat), obtient ce qu’elle réclamait, soit le pôle de l’oncologie et celui de la chirurgie stationnaire, tandis que Pourtalès décroche la maternité et le pôle orthopédique, alors que l’hôpital privé voisin de la Providence excelle justement dans ce domaine.

«Cadre extrêmement strict»

S’il insiste sur le «cadre extrêmement strict posé par le Conseil d’Etat», selon la formule du directeur Laurent Christe, pour justifier le peu d’audace du programme, HNE trace pourtant une voie à moyen terme, à laquelle le canton de Neuchâtel n’échappera pas, pense-t-il. Les soins aigus ne pourront être dispensés que sur un seul site à l’horizon 2020, alors que le gouvernement l’envisageait pour 2022. L’échéance pourrait même être rapprochée, tant le projet présenté mardi manque d’ambition et apparaît financièrement irréalisable. Il impose d’énormes investissements que le canton sera incapable d’assumer rapidement. HNE donne donc, en filigrane, la clé hospitalière: un site unique de soins aigus, à Neuchâtel ou à La Chaux-de-Fonds, l’hôpital «perdant» devenant un site unique de réadaptation. HNE dit aussi comment garantir des soins de proximité, en instituant à Couvet, à La Chaux-de-Fonds et à Neuchâtel des centres de tri, de diagnostic et de traitement, en complémentarité avec les médecins libéraux, centres servant aussi de bases pour les SMUR et les services ambulanciers.

Le plan d’HNE a cette qualité qu’il met les autorités politiques devant leurs responsabilités. Les choix – équilibre régionaliste, économicité hospitalière, sécurité sanitaire, attractivité – ne pourront pas être remis aux calendes grecques.