Une condamnation à six mois d'emprisonnement avec sursis, une suspension jusqu'à droit connu, des recours au Tribunal administratif cantonal et au Tribunal fédéral: pendant deux ans, un psychiatre de La Chaux-de-Fonds a tiré toutes les ficelles pour échapper à la radiation de son autorisation de pratiquer. Hier soir, la radio cantonale RTN a annoncé qu'il avait finalement renoncé à exercer son métier en novembre dernier.

Fin janvier 1999, le procès de ce psychiatre âgé aujourd'hui de 59 ans s'était déroulé devant le Tribunal correctionnel de La Chaux-de-Fonds. L'une de ses patientes était plaignante. Violée par son grand-père quand elle avait 3 ans, elle avait consulté le psychiatre pour effacer les cicatrices de son passé. Il pratiqua la méthode du toucher en priant la jeune femme de se mettre nue sous une couverture. La relation dépassa le cadre strict de la psychanalyse quand le médecin se déshabilla pour obtenir un orgasme en se frottant contre sa patiente. Ensuite, il interrompit la psychanalyse pour vivre avec elle pendant cinq mois. Au juge, il avait expliqué que l'amour l'avait aveuglé.

Le psychiatre fut condamné à six mois de prison avec sursis pour abus de détresse, après que le procureur eut écarté le viol et la contrainte sexuelle. Cinq mois plus tard, le Conseil d'Etat l'avait suspendu «jusqu'à droit connu»: il figurait donc toujours au registre des médecins autorisés par l'Etat. En juin de l'an dernier, le Tribunal fédéral rejetait son recours pénal, alors que le Tribunal administratif cantonal en faisait de même avec son recours contre la suspension.

Sanction rarissime

Deux ans après la condamnation pénale, l'annonce de la «renonciation définitive à une autorisation de pratiquer» a finalement paru dans la Feuille officielle. Le Département de la justice, santé et sécurité n'a pas eu à prononcer lui-même cette sanction, plutôt rarissime dans le canton. En suspendant le médecin, en juillet 1999, la conseillère d'Etat Monika Dusong déclarait que ce dernier avait «gravement failli à ses devoirs professionnels sans prendre conscience de ses actes». En renonçant à pratiquer son métier, il ouvre une porte de sortie qui pourrait paraître honorable s'il n'avait pas usé de tous les recours possibles avant de prendre cette ultime décision.