C'est un changement de perspective qui fera date. Jusqu'ici séparées par une infranchissable frontière cantonale, les promotions économiques neuchâteloises et vaudoises devraient bientôt s'imbriquer étroitement. Et Genève, qui mène déjà des actions ponctuelles dans ce domaine avec ses voisins vaudois, devrait participer à ce mouvement.

Dans un dossier qui semblait au point mort, et frappé pour longtemps du sceau du cantonalisme, les progrès ont été relancés par des discussions directes entre conseillers d'Etat. Elu en avril au gouvernement neuchâtelois, en charge de l'Economie publique, Bernard Soguel a pris contact avec son homologue vaudoise, Jacqueline Maurer, laquelle, à son tour, a évoqué l'idée avec le Genevois Carlo Lamprecht. Colporté par une persistante rumeur, le projet est encore inabouti dans ses détails, et aurait dû rester confiné dans les départements respectifs. De quoi embarrasser Bernard Soguel: «Je ne vais pas nier l'évidence, mais je ne veux pas être précis pour l'instant.» Le magistrat admet juste l'«axe fort» d'une présentation commune des compétences industrielles neuchâteloises, des hautes écoles vaudoises et de la place financière genevoise.

Vaudois plus diserts

Jacqueline Maurer se montre plus diserte. Ce qui est recherché n'est pas une économie de moyens mais leur mise en commun. De quoi compléter des réseaux émiettés – Neuchâtel est par exemple présent en Allemagne alors que Vaud n'y est pas – et les densifier, comme aux Etats-Unis, où une promotion Neuchâtel-Vaud-Genève pourrait compter sur près d'une dizaine de personnes. Cet éventuel organisme de promotion «exogène», chargé de favoriser l'implantation d'entreprises, serait en charge des dossiers depuis les premiers contacts jusqu'à l'établissement définitif, et s'occuperait aussi des permis de travail: «Il s'agit de garder aux industries un interlocuteur de référence», note Jacqueline Maurer.

Et la concurrence intercantonale? Pour la cheffe du Département vaudois de l'économie, «des règles du jeu claires et transparentes» doivent permettre d'éviter ses aspects problématiques. Citant le volet fiscal, elle note que les exonérations vaudoises sont déjà modulées entre l'Arc lémanique et l'arrière-pays pour rendre ce dernier plus attractif. Des montagnes jurassiennes à la Venoge, il s'agirait de considérer l'espace comme un territoire avec ses différences régionales, et non des cantons se disputant les implantations. Pour le directeur des Affaires économiques genevoises, Jean-Charles Magnin, le regroupement des forces est inéluctable: «Dans un domaine comme la biotechnologie, le pôle lémanique est impressionnant. Divisé entre Genève et Lausanne, il devient insuffisant.»

Dans l'élaboration de cette collaboration, il est impossible enfin de ne pas voir la «patte» de Francis Sermet. Ancien numéro deux de la promotion neuchâteloise, il est depuis avril 2000 le directeur du DEV vaudois, cet organisme indépendant qui reçoit 3 millions de l'Etat par an pour la promotion exogène. S'il n'est dit-il «ni compétent, ni autorisé à se prononcer», sa trajectoire en fait l'homme idéal pour saisir les forces et les faiblesses des deux cantons. Et le DEV lui-même apparaît comme l'instrument sur mesure pour unir les promotions dispersées. Le canton de Vaud en a fait son mandataire en prévoyant expressément de telles relations dans sa nouvelle loi de promotion économique. Neuchâtel, qui consacre 3,6 millions à sa promotion exogène, et Genève pourraient adopter le même schéma. Lequel pourrait laisser la porte ouverte à d'autres, le Valais ou Fribourg. Les annonces qui seront prochainement faites diront si une promotion économique romande est en train de germer.