Les études Pisa l'ont démontré: l'illettrisme touche l'ensemble des pays européens, la Suisse y compris. Au sortir de l'école obligatoire, un jeune sur cinq a des connaissances insuffisantes en lecture et écriture ce qui peut, par exemple, l'empêcher de comprendre la posologie d'un médicament. «C'est un constat d'échec pour l'école obligatoire», estime la conseillère d'Etat Sylvie Perrinjaquet, qui a présenté hier neuf nouvelles mesures prises par le canton de Neuchâtel pour lutter contre le phénomène.

L'illettrisme n'a pas augmenté de manière notable ces vingt dernières années. Mais la difficulté à lire et à écrire est devenue plus pénalisante avec le développement des nouvelles technologies et la disparition progressive de certains métiers. «On a longtemps sous-estimé les stratégies que mettent en place certains élèves pour avoir accès à l'information, note la ministre libérale de l'Education. Beaucoup pensent qu'ils pourront fonctionner comme ça toute leur vie. Ils sont souvent rattrapés par la dure réalité du monde du travail.»

Première romande

Fort de ce constat, le canton de Neuchâtel a mis en œuvre dès 2002 six mesures au sein de la scolarité obligatoire. Avec une première romande: l'engagement en 2003 d'un chargé de mission de promouvoir l'enseignement de la lecture dans les classes primaires du canton. Le poste, repris en décembre dernier par David Bürki, vise à stimuler le goût des élèves pour les livres avec la découverte d'ouvrages récents et des rencontres avec des auteurs et des illustrateurs. Séduits par la démarche, les cantons de Berne et du Jura ont suivi l'exemple neuchâtelois en 2005.

Les premières mesures ayant donné des résultats «satisfaisants», avec «une prise de conscience générale du problème de l'illettrisme» au sein de l'école neuchâteloise. Elle-même issue du monde pédagogique, Sylvie Perrinjaquet entend «maintenir l'effort» avec la mise en place de neuf nouvelles mesures concrètes avec, notamment, la rédaction d'une brochure de sensibilisation, la création de logiciels spécifiques ou encore le développement des actions ponctuelles d'encouragement à la lecture et à l'écriture. Coût total: 120000 francs.

Un accent particulier sera mis sur la sensibilisation à l'école enfantine, non obligatoire dans le canton. Dans la perspective du concordat HarmoS, l'approche de l'écrit «sera développée de manière plus affirmée» dès l'âge de 4 ans. «A cet âge, les enfants sont des éponges, comme on le voit avec l'acquisition des langues étrangères, précise le chef du Service de l'enseignement obligatoire Jean-Claude Marguet. C'est donc une démarche importante.»

L'amélioration du niveau de lecture et d'écriture doit permettre de favoriser l'intégration professionnelle. Une étude menée en 2003 par l'Office fédéral de la statistique a montré que la proportion d'illettrés parmi les chômeurs était d'environ 36%, soit presque deux fois plus que parmi les actifs.