«J'ai un œil qui rit, et l'autre qui pleure», a commenté la conseillère d'Etat Monika Dusong en présentant, dimanche soir, les résultats des votations cantonales neuchâteloises. Car si le peuple a dit oui au crédit routier de 72,5 millions, il a refusé une hausse des taxes automobiles qui ne représentait que quinze francs la première année et autant la seconde. De quoi engranger quelque 2,7 millions supplémentaires. De quoi, surtout, favoriser le financement des travaux routiers tels le contournement de La Chaux-de-Fonds ou l'amélioration de l'accès au Val-de-Travers et à la France.

«J'ai le sentiment que si nous avions augmenté la taxe d'un franc seulement, elle n'aurait pas passé», a analysé Pierre Hirschy, le conseiller d'Etat responsable de la gestion du territoire. Et d'ajouter: «C'était une nouvelle hausse de taxe, après la taxe sur les déchets ou l'eau. Le peuple n'a pas fait la liaison entre la taxe automobile qu'il a refusée et le crédit routier qu'il a accepté. Pourtant, nous avons déjà investi quelque 400 millions dans les routes cantonales et nationales ces dernières années!»

Mais qu'on se rassure: malgré ce refus, le programme des travaux routiers continuera «en fonction de l'état des finances du canton». Le contournement de La Chaux-de-Fonds, le viaduc de Rochefort, et le tunnel de la Roche-Percée, entre Fleurier et les Verrières, seront réalisés durant la prochaine décennie. Pour autant que les Verts et l'ATE (Association transports et environnement), opposés au crédit routier mais favorables à la hausse des taxes automobiles, ne fassent pas tomber une grêle d'opposition. Au journal du soir de RTN, la radio cantonale, le vert Laurent Debrot a dit, pince sans rire, que l'acception du crédit routier n'était pas une défaite pour les écologistes. «En général, les crédits sont acceptés par 80% des votants. Cette fois, il n'y en avait que 68%…»

Petite victoire verte que ce oui plus mitigé que d'habitude. Par contre, le refus de la hausse de la taxe automobile constitue un grand succès pour les radicaux à cinq semaines des élections cantonales. Avec 75% de non, cela dépasse leurs espérances. Présidente des radicaux neuchâtelois, Huguette Tschoumy ne cachait pas sa joie: «La population nous a donné raison. Elle en a marre de vivre dans un canton où les impôts sont les plus élevés du pays.» Artisan du référendum, le député Damien Cottier renchérissait: «On ne peut pas augmenter tout le temps la fiscalité. Ce refus est un signal donné au canton. C'est un vote symbolique.» Et de préciser que les rentrées fiscales de l'année 2000 ont dépassé largement le budget: «Il y a 45 millions de plus que prévu.»

En 2003?

Pour les radicaux, le conseiller d'Etat libéral Pierre Hirschy aurait du attendre 2003 avant de proposer une hausse des taxes. Ce n'est que cette année-là que le crédit de 72,5 millions commencera d'être dépensé. Est-ce à dire qu'en 2003 les radicaux ne combattront plus une hausse des taxes? «On verra l'état des finances du canton», répond simplement Damien Cottier.

Un autre jeune radical, Raphaël Comte, qui a aussi mouillé son maillot pour lutter contre cette hausse, relève que tout le canton l'a refusée. «Tant le Haut, largement bénéficiaire du crédit, que le Bas. Le canton ne s'est pas scindé.» Dans un couloir du château de Neuchâtel où les radicaux tenaient leur conférence de presse improvisée, Huguette Tschoumy laissait parler les jeunes du parti. Puis elle a glissé, visiblement triste: «Vous savez, cette histoire de taxe, c'est des peanuts par rapport au non de la Suisse à l'Europe.»