Microtechniques

«Les Neuchâtelois doivent pouvoir dire: nous sommes Microcity»

Antenne de l’EPFL, Microcity est devenu un label qui fédère les institutions de l’innovation présentes au cœur de la ville de Neuchâtel, comptant 1000 chercheurs et 7000 étudiants. Le ministre Jean-Nat Karakash explique le concept

Dans le conscient collectif neuchâtelois, Microcity, c’est un bâtiment construit par le canton, entre gare et lac, Haute Ecole Arc et Université, à côté du CSEM (Centre suisse d’électronique et de microtechnique) et de l’école de formation professionnelle CPLN, pour un peu plus de 70 millions de francs, offert en 2013 à l’EPFL pour qu’elle y implante son institut des microtechniques.

Or Microcity s’est mué en un réseau qui fédère toutes ces institutions, ainsi que d’autres acteurs du canton qui jouent un rôle clé dans la chaîne de valeur menant de l’idée au produit. Pour donner corps au pôle neuchâtelois des microtechniques.

Révolution industrielle 4.0

Dès ce jeudi et pour trois jours se tient, dans l’espace Microcity à Neuchâtel, un vaste cycle de conférences sous l’égide de Micro 16, au cours desquelles il sera question de la révolution industrielle 4.0, de l’horlogerie dans 20 ans, de la capacité des acteurs institutionnels et privés à relever les défis majeurs qui attendent les acteurs de l’infiniment précis, selon le slogan de Microcity.

Le ministre neuchâtelois de l’Economie, le socialiste Jean-Nat Karakash, présente les atouts, encore méconnus de la population régionale, du concept fédérateur Microcity.

Le Temps: Microcity à Neuchâtel, ce n’est donc plus seulement l’antenne de l’EPFL, mais un réseau de chercheurs en microtechniques. Expliquez-nous…

Jean-Nat Karakash: Nous avons réussi à réunir, dans un périmètre géographique restreint, en ville de Neuchâtel, un nombre assez incroyable d’acteurs de pointe, de niveau international, dans le domaine des microtechniques. Nous avons voulu donner à ce réseau une existence formelle, au travers de l’appellation Microcity. Il associe l’ensemble des acteurs de la formation, de la recherche et de l’innovation du pôle neuchâtelois des microtechniques, les industriels par leurs associations faîtières et les collectivités publiques. C’est un réseau d’ampleur, qui regroupe 1000 chercheurs, 7000 étudiants et 6000 apprentis. Ils opèrent chaque année 800 transferts technologiques. Cette identité commune et le dynamisme du pôle permettent de se positionner au niveau national et international. Cela contribue aussi localement à renforcer les liens avec le tissu industriel. Cette densification est décisive, car les acteurs industriels sont confrontés à des défis immédiats importants, mais ils ne doivent pas perdre de vue les évolutions lourdes sur le moyen terme avec la révolution industrielle 4.0 qui se profile.

- Les acteurs du pôle neuchâtelois des microtechniques sont connus, l’antenne EPFL, le CSEM, l’Université, la HE Arc, mais personne ne se doute vraiment qu’ils constituent un réseau. Pourquoi?

- Votre constat est correct et s’explique par le fait – et c’est intéressant – que plusieurs des acteurs ont une existence qui ne se limite pas au périmètre local. Ils ont un rayonnement propre, avec parfois leurs pôles de gravité ailleurs, comme l’EPFL. Le CSEM est présent dans plusieurs cantons, la Haute Ecole Arc dans tout l’Arc jurassien et s’inscrit dans une structure romande. Neuchâtel constitue en fait un point de rencontre de compétences spécialisées sur tout ce qui touche à l’infiniment précis. C’est une interaction qui constitue notre principal atout économique. Un atout que nous voulons valoriser.

Nous constatons avec fierté que sur toutes les avancées technologiques de pointe à l’échelle de l’humanité, il y a toujours une part qui émane du label neuchâtelois Microcity, que ce soit dans un composant, une puce, un matériau, un capteur, etc.

- Le leader du réseau, c’est incontestablement l’EPFL et son antenne…

- C’est un moteur de rayonnement évident. L’installation de l’EPFL à Neuchâtel est le révélateur de la maturité atteinte par notre pôle des microtechniques. Avec l’EPFL, on a accès à une recherche disruptive, essentielle, et une connexion à tous les domaines de la science et de l’ingénierie.

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Les autres acteurs ont tous un rôle déterminant, aucun n’est de seconde catégorie. Le CSEM porte à maturité les innovations et concrétise d’innombrables transferts vers l’industrie locale, suisse et internationale. La HE Arc jouit de son côté d’une grande proximité avec le tissu industriel régional. Quant à l’Université, elle a des compétences scientifiques de pointe, notamment dans le «temps/fréquence» ou le «big data», qui sont décisives aujourd’hui pour le passage dans l’industrie 4.0. Et il suffit de penser aux centres de compétences en droit de la propriété intellectuelle ou en interactions sociales pour comprendre que toutes ses facultés entrent en résonance avec Microcity.

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La formation de base intégrée

- Et en quoi les écoles professionnelles comme le CPLN et le CIFOM ont-elles leur place dans un concept d’innovation?

- Cette dimension est capitale. L’industrie 4.0 va tout révolutionner: les métiers, les équipements, les processus, les méthodes de production. Des changements dont on n’a peut-être pas encore idée. Il s’agira de former nos jeunes pour qu’ils soient capables de s’adapter à ces évolutions ou, mieux encore, pour qu’ils en deviennent les acteurs et les moteurs.

- La plateforme Microcity fédère des institutions. Mais les chercheurs qui dirigent ces instituts, concurrents, sont-ils mutualisables et se connaissent-ils?

- Ils sont d’abord au service de leurs employeurs respectifs, avant de contribuer au rayonnement de Microcity. Mais cela ne les empêche pas de se connaître, de s’apprécier, de se respecter et de trouver des accords lorsqu’ils ont des intérêts communs. C’est un écosystème comparable, par exemple, à la place financière genevoise. Elle a un positionnement collectif, mais chacun des acteurs travaille d’abord pour sa propre entreprise, avant de servir la place financière. Il faut comprendre que les acteurs du pôle Microcity ont des périmètres d’action qui ne sont pas limités à la seule microtechnique et au territoire cantonal. C’est pourquoi l’Etat a donné l’impulsion à l’émergence du réseau. Pour développer l’identité commune du pôle et démontrer que la fédération des acteurs est attractive, offrant une masse critique qui permet de convaincre des talents et des entreprises de continuer à investir ici ou de venir s’installer, parce qu’ils pourront travailler avec plusieurs acteurs et pas un seul isolé.

- Quel rôle pour le ministre de l’Economie? Médiateur, leader, facilitateur?

- Tous les acteurs ont déjà des relations étroites avec l’Etat, ne serait-ce que parce que les pouvoirs publics contribuent à leur financement, sont intégrés à leur gouvernance ou ont soutenu leur installation. L’appropriation de l’identité Microcity passe par les résultats et les apports cumulés de plusieurs acteurs. Ou comment montrer qu’on réalise ici, à plusieurs, des composants des grandes aventures humaines, des produits utiles qui permettent de sauver des vies, etc. Là, tout le monde est d’accord pour dire que c’est notre identité, notre technologie au service de l’humanité.

- Les Neuchâtelois du canton sont-ils en passe de se trouver une nouvelle identité, celle de Microcity?

- J’en suis convaincu. Pas pour remplacer l’identité du canton et je ne pense pas que ce soit souhaitable. Par contre, je crois à l’adhésion de la population à ce concept, avec la fierté de pouvoir dire: nous sommes Microcity.

Risques et opportunités

- Vous misez résolument sur le développement industriel et les microtechniques. Et si c’était un mauvais pari, avec les risques de désindustrialisation, l’industrie 4.0 qui pourrait réduire le nombre d’emplois? Soyez honnête, cela n’enrichit pas votre canton…

- C’est inexact. Neuchâtel est un canton industriel et exportateur depuis plus de trois siècles. C’est à travers cette vocation que notre canton contribue à la prospérité de la Suisse. Et nous jouons également un rôle utile à l’échelle de l’humanité, en apportant des innovations et des produits qui répondent à des besoins essentiels, au surplus dans une perspective de développement durable.

Sous l’angle plus matériel, l’activité industrielle produit des richesses réelles. C’est vital, car les économies qui ne se fondent que sur la consommation n’ont pas d’avenir! Mais évidemment, on aimerait bien qu’une part plus importante de ces richesses circule dans le canton. Avec quelques pourcentages supplémentaires, nous serions en situation de prospérité.

- La révolution 4.0 pour l’industrie, neuchâteloise en particulier est-elle un risque, une opportunité, une source de craintes?

- Toute évolution comprend son lot d’opportunités et de risques. Il ne faut pas nier qu’il y a des risques pour la conception traditionnelle de la fabrication. On est à l’aube de transformations des relations entre le fournisseur de prestations et le client. Vers quel modèle va-t-on? Personne ne le sait précisément. Par contre, on sait qu’on n’arrête pas le progrès. Il faut s’y inscrire pour en être les moteurs et les acteurs, plutôt que d’en subir les conséquences. A Neuchâtel, nous pouvons le faire grâce à nos compétences de pointe dans plusieurs domaines clés de cette révolution numérique, comme la collecte et le traitement de données, la haute précision, la maîtrise de l’infiniment petit ou encore la gestion de la propriété intellectuelle.


Ceux qui font partie du pôle Microcity

Les membres institutionnels du pôle sont:

- Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM);

- Ecole polytechnique fédérale de Lausanne – Institut de microtechnique (EPFL-IMT);

- Fondation suisse pour la recherche en microtechnique (FSRM);

- Haute Ecole Arc (HE-Arc);

- Université de Neuchâtel (UniNe);

- Neode Parc technologique et industriel (NEODE);

- Centre interrégional de formation des Montagnes neuchâteloises (CIFOM);

- Centre professionnel du Littoral neuchâtelois (CPLN).

Le pôle comprend également les associations faîtières, les partenaires publics et les entreprises suivants:

- Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie (CNCI);

- Association Industrielle et Patronale (AIP);

- Etat de Neuchâtel;

- Ville de Neuchâtel;

- Association des communes neuchâteloises;

- PX group.

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