Presse

Les news de «La Gruyère», comme en 1882

Le journal du Sud fribourgeois fête ses 130 ans ce jeudi. A cette occasion, il publie un journal «à la manière de…» celle de son année de naissance

«Monsieur le Conseiller fédéral Alain Berset a pris l’avion pour la République d’Inde lundi 1er octobre. Le chef du Département fédéral de l’intérieur, par ailleurs Fribourgeois originaire de Misery-Courtion, y mènera différents entretiens pendant plusieurs jours. Des informations sur son périple devraient nous parvenir la semaine prochaine. Rappelons, en attendant, que l’Inde est l’un des principaux partenaires de notre Confédération.»

Mais quel est ce journalisme au style suranné qui va faire irruption dans le Sud fribourgeois demain jeudi 4 octobre? La réponse tient en ces quelques phrases communiquées par La Gruyère: «A quoi ressemblerait un journal s’il était toujours fabriqué à la manière de 1882? C’est le défi que s’est lancé la rédaction de La Gruyère à l’occasion de ses 130 ans.» Jérôme Gachet, son rédacteur en chef, et ses principaux collaborateurs indiquent qu’ils ont «repris la maquette de l’époque, mais aussi la typographie, le ton et la manière de transmettre l’information». Il a d’ailleurs trouvé cet «exercice très sympathique à faire et instructif».

Un cahier spécial

Au final, on aura donc droit à un cahier de quatre pages qui, «sur la forme, ressemble comme deux gouttes d’eau au journal que les Gruériens ont reçu le 7 octobre 1882, mais avec des nouvelles et des annonces publicitaires actuelles». Afin de permettre la comparaison, le quotidien mettra également à disposition de ses lecteurs une reproduction en fac-similé de 1882. Enfin, ce journal, comme «au bon vieux temps», sera distribué à la criée en différents endroits de Bulle, où il a son siège, le 4 octobre. Et comme on n’a pas tous les jours 130 ans, ce numéro sera distribué gratuitement.

Il faut dire que les anciennes éditions de La Gruyère, comme celles des ancêtres du Temps, fascinent. D’ailleurs, le journal fribourgeois republie dans chacune de ses éditions une page centenaire, pour savourer «cette plongée dans l’histoire, ces petites histoires improbables, cet art de glisser un commentaire vachard…» Ainsi, il profite de cet anniversaire pour remonter le temps. Le 7 octobre 1882 naissait en effet la première édition du quotidien sud-fribourgeois. «Bulle n’était alors qu’un bourg agricole vaguement relié au monde par le train en provenance de Romont…»

La politique d’abord

A l’origine, La Gruyère était un hebdomadaire paraissant le samedi. Il est devenu bihebdomadaire en décembre 1888, avant d’adopter sa vitesse de croisière en 1928 avec parution les mardi, jeudi et samedi. Dans ces journaux, le moins que l’on puisse dire est que «les informations n’étaient pas toujours de première fraîcheur: celles qui ont paru dans la toute première édition sont publiées environ une semaine après les faits». On apprend ainsi la disparition de l’évêque, Mgr Cosandey, le 7 octobre, alors qu’il est décédé le 1er. «Pour illustrer ce décalage, la rédaction d’aujourd’hui a donc volontairement choisi des nouvelles vieilles de quelques jours pour cette édition spéciale.»

Le contenu rédactionnel en 1882? La dimension politique domine. La Gruyère était en effet née en réaction au Fribourgeois, qui défendait les idées du Parti conservateur, au pouvoir au niveau cantonal. Entre les deux gazettes, les échanges étaient «rudes», nous dit-on. Outre cette propagation des idées radicales de l’Etat fédéral, la première livrait «des informations internationales, nationales et cantonales. On ne sait pas trop où elles étaient puisées. Certainement dans d’autres journaux…» s’amusent les rédacteurs de 2012. Et le ton paraît aujourd’hui «bien désuet. La distinction entre commentaire et information, b.a.-ba du métier, ne devait pas faire partie de la formation des journalistes du XIXe…»

Sobre mise en pages

Sur le plan de la mise en pages, il n’y a pas de photos, ni de titres particulièrement mis en évidence. Cette sobriété s’explique aussi, selon Jérôme Gachet, «par des raisons techniques: les journaux étaient composés à la main, lettre par lettre. Un travail d’artisan, d’artiste même, pour fabriquer une page élégante et propre. D’autant qu’à la moindre erreur, tout était à recommencer. Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’il fallût beaucoup plus de typographes que de journalistes» pour annoncer les bonnes et les mauvaises nouvelles.

Parmi les mauvaises, on lira demain que «l’Etat de Fribourg a procédé à la présentation de son budget pour 2013. Ces Messieurs-Dames avaient la grimace des journées moroses à l’heure de donner les chiffres peu glorieux concoctés par leurs services. Il a même fallu puiser dans les provisions et dans la fortune pour que le budget, au final, s’équilibrât.» C’est pas beau, ça?

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