Les Suisses auront toute liberté de choisir, mais il faut qu'ils soient conscients des conséquences d'un refus de la libre circulation des personnes. Le Conseil fédéral n'a pas de plan B, ont exposé Eveline Widmer-Schlumpf, Doris Leuthard et Micheline Calmy-Rey en lançant conjointement, mardi à Berne, la campagne gouvernementale pour la votation du 8 février prochain. Après economiesuisse, l'organisation faîtière de l'économie, et la Conférence des gouvernements de Suisse occidentale la semaine dernière, c'était donc au tour du Conseil fédéral d'entrer en campagne, en mettant un fort accent sur le contexte conjoncturel de cette votation.

Dans le camp des opposants, l'assemblée des délégués de l'UDC avait confirmé samedi l'ouverture des hostilités. Les trois conseillères fédérales ont précisément répondu à une partie des arguments avancés par les démocrates du centre. La cheffe du Département fédéral de justice et police, Eveline Widmer-Schlumpf, a posé le cadre de l'accord sur la libre circulation des personnes, en répondant en particulier à un argument fréquemment avancé par les opposants, qui prétendent que la Suisse n'a pas besoin de la libre circulation pour obtenir toute la main-d'œuvre dont elle a besoin. Un contingentement unilatéral, dans lequel les autorisations d'entrée ne reposeraient sur aucune règle de droit, entraînerait une profonde insécurité pour les travailleurs comme pour les employeurs. Le marché suisse du travail serait dans ces conditions peu attractif pour les entreprises et les travailleurs étrangers. Il manquerait également la coordination des assurances sociales et la reconnaissance des diplômes. L'accès des Suisses au marché du travail de l'UE ne serait plus garanti, ce qui poserait notamment un problème aux entreprises helvétiques dont la main-d'œuvre se déplace entre la Suisse et les succursales européennes.

Doris Leuthard a mis l'accent pour sa part sur le bilan intermédiaire des accords bilatéraux. La libre circulation, assure-t-elle, a été le véritable moteur de la croissance et a suscité une augmentation du PIB d'au moins 1%, ce qui correspond à 4 ou 5 milliards de francs par année. Le taux de chômage risque de remonter à 3% l'an prochain, admet la ministre de l'Economie, mais cela dépend de la crise économique et pas de la libre circulation des personnes.

La stabilité et les conditions-cadres favorables sont d'autant plus importantes en période de crise, on peut les considérer comme les premières mesures conjoncturelles, a encore assuré Micheline Calmy-Rey. La cheffe du DFAE a précisé les détails de la clause guillotine. On ne peut pas espérer que l'UE ne se fâchera pas, dès lors que la résiliation des accords bilatéraux I ne dépend pas de Bruxelles. Sa mise en œuvre serait en effet automatique. Si le non devait l'emporter, le Conseil fédéral devra communiquer le résultat du vote d'ici au 31 mai à ses partenaires européens et les accords bilatéraux I deviendront caducs six mois plus tard. Cet automatisme est inscrit dans l'accord.

Il est tout à fait impossible d'imaginer, comme certains le font, que l'on puisse organiser une nouvelle votation avant le 31 mai, avertit la ministre des Affaires étrangères.Il est tout aussi irréaliste, renchérit Eveline Widmer-Schlumpf, de croire que la Suisse, qui se trouvera en situation de faiblesse, sera en situation de renégocier plus favorablement des nouveaux accords avec 27 Etats fâchés.

Au nom de la Conférence des chefs des départements cantonaux de l'économie publique, le Valaisan Jean-Michel Cina est venu mêler à celle du Conseil fédéral la voix des cantons. Pour ces derniers, la Suisse ne peut pas se permettre de se détourner des accords bilatéraux dans un contexte de croissance en berne et de pression accrue de la concurrence internationale. Les opposants, dénonce Jean-Michel Cina, ne présentent aucune alternative à la reconduction et à l'extension de la libre circulation.