Vaud

Nicod contre Orllati: le dénonciateur défend son «action citoyenne»

Fabien Dunand estime que le groupe Orllati a violé les règles environnementales sur le site de Bioley-Orjulaz. Avec la complicité tacite de la commune et de l’Etat. Le syndic Joseph Despont dément aussitôt

Identifié comme le «corbeau» qui a envoyé huit courriers anonymes aux médias et aux politiciens vaudois, Fabien Dunand est sorti de l’ombre mercredi.

Lors d’un point de presse organisé à Lausanne, l’ancien journaliste a défendu sa croisade contre le groupe Orllati, l’un des maîtres de la construction et du terrassement en Suisse romande. Selon lui, l’envoi de ses courriers signés «un lanceur d’alerte», entre novembre et mars 2017, visait à «rendre impossible l’enterrement sans bruit de dysfonctionnements des institutions».

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Quels dysfonctionnements? Avant tout, le non-respect allégué des règles environnementales sur le site de la décharge de Bioley-Orjulaz, où le groupe Orllati entrepose ses terres d’excavation. Selon Fabien Dunand, qui s’appuie sur des photos aériennes datées d’octobre 2017, une zone tampon de 20 mètres de large séparant la zone industrielle d’une réserve protégée a été envahie de matériaux de chantiers, de véhicules, voire de constructions.

«Ce n’est plus une zone naturelle protégée, mais un dépotoir», assène l’ancien rédacteur en chef de 24 Heures, devenu écrivain et communicant. L’outrage serait d’autant plus grave que cette parcelle appartient à l’Etat de Vaud.

Ces nouvelles accusations sont différentes de celles proférées en son temps par le «corbeau», et que la justice vaudoise avait largement démenties. Il s’agissait notamment de l’annonce d’une pollution massive de la nappe phréatique sous le site de Bioley, qui s’est révélée fausse.

Une «loi du silence»

Mais Fabien Dunand n’en démord pas: pour lui, le groupe Orllati s’exonère de certaines règles pour comprimer ses coûts, remporter des appels d’offres et continuer à grandir au détriment de ses concurrents. Le tout sous le regard passif voire complice des autorités cantonales et communales.

«J’appelle cela la loi du silence et c’est cette loi que j’ai cherché à briser», a expliqué l’ancien journaliste en défendant l’envoi des courriers anonymes. Identifié comme le «corbeau» en mars dernier, il semble avoir poursuivi son enquête et récolté de nouveaux éléments, comme des documents censés démontrer que les camions de gravats d’Orllati dépassent parfois la limite légale des 40 tonnes.

En réponse à ces allégations, le Département vaudois de l’environnement (DTE) indique qu'il ne dispose pas «d'éléments nouveaux» concernant le site de Bioley-Orjulaz. «Si des faits nouveaux devaient être formellement portés à sa connaissance, le DTE procéderait aux vérifications nécessaires et prendrait les mesures adéquates qui s’imposeraient», explique un communiqué du Département. Le groupe Orllati a refusé de commenter, invoquant les procédures judiciaires en cours. 

Le syndic estime que tout est légal

Mais Joseph Despont, le syndic de Bioley-Orjulaz, estime que tout est légal sur le site. «La zone tampon de la réserve naturelle a été prêtée au groupe Orllati par les services de l’Etat, l’autorisation a été donnée, mais uniquement pour entreposer des matériaux morts», explique-t-il. Il serait en effet difficile pour les opérations du site de laisser cette bande de 20 mètres complètement vide. «Tout a été fait dans les règles et la coopération a été bonne pour que tout le monde soit servi, la nature et la zone industrielle.»

Très en verve sur ses motivations «citoyennes», Fabien Dunand s’est en revanche montré discret sur ses sources. Pas un mot sur ses relations avec l’entreprise Bernard Nicod, qui l’alimentait en informations pour accabler le groupe Orllati avec lequel elle est en conflit.

La justice vaudoise a mis en prévention au moins trois personnes dans cette affaire: Fabien Dunand, le directeur de la régie immobilière Bernard Nicod et un détective privé qui avait enquêté sur le groupe Orllati pour le compte de Bernard Nicod. Ils sont prévenus pour diffamation, injures et menaces alarmant la population. Le groupe Orllati a aussi déposé plainte pour calomnie contre plusieurs personnes, dont Bernard Nicod et Fabien Dunand.

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