Partout où passe Nicolas Betticher, le chaos semble s'installer. Bras droit de l'évêque Bernard Genoud, chef du groupe démocrate-chrétien au Grand Conseil fribourgeois, cet homme élégant de 43 ans apparaît au centre de multiples polémiques ces derniers mois. Rarement personnage public du canton aura recueilli autant d'inimitiés et de sarcasmes. Ce passif devient lourd pour quelqu'un qui, selon la rumeur, vise le poste de chancelier d'Etat.

Déjà contesté dans son camp politique et dans les paroisses, ce Mazarin à la mode fribourgeoise vient de vivre une brutale déconvenue. A la tête de l'organisation de la Fête cantonale des musiques 2005 (FCM 2005), Nicolas Betticher a jeté l'éponge lundi dernier. Plusieurs membres du comité d'organisation ont sévèrement mis en cause les compétences du président.

Une fausse note de trop

L'affaire n'est pas anodine. Elle est même des plus sensibles en terres fribourgeoises. Selon ses détracteurs, Nicolas Betticher n'aurait pas mis tout en œuvre pour assurer le financement de l'événement. L'information a été révélée par La Liberté. Des sponsors non contactés, un leadership inexistant et des divergences de fond avec plusieurs membres du comité auraient mis le feu aux poudres.

Au final, les fonds manquants pour boucler un budget d'un million de francs s'élèveraient à 300 000 francs. Quatre membres du comité, dont le responsable de la logistique et le chef de la division musique, ont démissionné mercredi dernier. Nicolas Betticher parti, ils seraient prêts aujourd'hui à reprendre du service.

Car le temps presse. A six mois de l'événement, l'annulation de la fête est toujours évoquée. Un fait rarissime dans les annales de cette manifestation populaire. Et Nicolas Betticher se passerait bien d'être le triste héros d'une annulation peu glorieuse. Mais l'intéressé jure ne pas avoir de reproches à se faire. Selon lui, les difficultés rencontrées dans la recherche de fonds reposent sur la conjoncture économique difficile et la fête aurait pu être organisée moyennant un redimensionnement.

Ambitions desservies

Reste que ce déferlement de critiques arrive au plus mauvais moment. Après les affaires qui ont secoué l'évêché de Lausanne, Genève et Fribourg, les ambitions politiques du démocrate-chrétien se trouvent contrecarrées par cet énième bug.

Il y a peu, certains prédisaient à Nicolas Betticher un avenir au Conseil d'Etat, d'autres à la préfecture. Aujourd'hui, le bras temporel du Vatican au Grand Conseil viserait la Chancellerie d'Etat, qui sera libre l'année prochaine. Il ferait ainsi partie des 47 postulants annoncés, mais non officiellement déclarés. L'intéressé n'a jamais infirmé ni confirmé ce projet. Mais le microcosme politique est persuadé qu'il compte parmi les candidats.

Poulain de l'aile conservatrice du PDC, Nicolas Betticher surmontera-t-il cette nouvelle polémique? Pour l'heure, on imagine mal le Conseil d'Etat nommant à la tête de sa chancellerie une personnalité contestée dans une bonne moitié de la République. Les ministres Michel Pittet (PDC), Ruth Lüthi (PS) et Claude Lässer (PRD) trancheront. Ce triumvirat est chargé de faire le tri et de désigner le chancelier. Décision sera rendue en novembre.

Ennemi des réformateurs

Reste que les ennuis de Nicolas Betticher s'accumulent. L'homme est loin de faire l'unanimité dans sa propre famille politique. Malgré une communication habile, il incarne la vieille garde conservatrice du PDC. Et les collisions avec les réformateurs démocrates-chrétiens, notamment les partisans d'une laïcisation, sont souvent frontales. Ces inimitiés sont un secret de polichinelle. Dominique de Buman et Nicolas Betticher se détestent ainsi ouvertement. La garde rapprochée du conseiller national reproche au président de groupe d'avoir manœuvré en coulisse pour freiner les ambitions fédérales de l'ex-syndic.

Manipulateur, intrigant, hypocrite, fuyant ou encore hautain: les qualificatifs employés par ses détracteurs sont durs. Mais comme à chaque fois qu'il est attaqué, Nicolas Betticher s'en lave les mains. Il sert à qui veut l'entendre le discours d'une victime incomprise. Il tente d'arrondir les angles, de minimiser son implication, de renverser les rôles ou de diluer les responsabilités.

Paroisses hostiles

Et ce n'est pas sa fonction au sein de l'Eglise universelle qui offre une alternative à cette vision des choses. Car dans les paroisses fribourgeoises, le chancelier de l'évêché doit également affronter une cohorte d'opposants. Plusieurs curés refusent aujourd'hui de s'exprimer ouvertement sur le management de leur hiérarchie. «Les choses sont déjà assez compliquées comme cela sans en rajouter dans la presse. Je ne peux évoquer les divergences que certains d'entre nous ont avec Nicolas Betticher», indique un curé.

Une partie des fidèles et des ecclésiastiques reprochent avant tout à Nicolas Betticher ses activités politiques. Les fonctions de chancelier épiscopal et de porte-parole du PDC ne seraient pas compatibles. Mais le manque de transparence et de dialogue est aussi évoqué. Les récents événements qui ont secoué l'Eglise vaudoise et conduit au remplacement de son vicaire épiscopal, Mgr Bürcher (LT des 15 et 16.06.2004), ont révélé ces mécontentements. La gestion de la crise par Nicolas Betticher, mais également par Mgr Genoud et Mgr Berchier, a été critiquée par la base.

Plus récemment encore, la révocation du curé de la cathédrale Saint-Nicolas, Hans Bruegger, a mis au jour de nouveaux dysfonctionnements. Les conseils de pastorale de Saint-Nicolas et de Saint-Paul auraient été tenus à l'écart du départ du curé par leur hiérarchie.

A courir trop de lièvres, Nicolas Betticher pourrait être à un tournant de sa carrière. Le voilà peut-être contraint de choisir entre la fosse d'orchestre, la cour de l'Evêché et les travées de l'Hôtel cantonal.