Le Forum des 100 a été reporté au vendredi 25 septembre et aura lieu au Swiss Tech Convention Center de l'EPFL. Ce live-chat est réalisé dans le cadre d'une série de Tête-à-tête du Forum des 100 en amont de l'événement. Post-Covid: la technologie peut-elle nous sauver? C'est le thème de l'édition 2020. Inscription: www.forumdes100.ch

 

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Né en 1969, Nicolas Bideau a étudié à Lausanne, à Bruxelles, à Paris et à Pékin et a obtenu une licence en sciences politiques. En 2002, il est nommé conseiller diplomatique du chef du Département fédéral de l’économie, fonction qu’il a occupée ensuite en 2003 pour Pascal Couchepin durant son année présidentielle. Après avoir été le «Monsieur Cinéma» de l’Office fédéral de la culture durant cinq ans, il est nommé début 2011 à la tête de Présence Suisse, organe de promotion du pays à l’étranger.

A lire: Nicolas Bideau: «L’image suisse sort renforcée de la crise»

Comment évolue l’image de la Suisse à l’étranger? Quels sont les efforts menés par la Confédération pour renforcer son image? La crise sanitaire a-t-elle fait évoluer les choses? Comment vendre le pays à l’étranger dans le contexte actuel? En mettant en avant quels atouts?

Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse, a répondu à toutes vos questions. Découvrez ses réponses ci-dessous:

  1. Question posée par Philippe et Karen:
    Que faites-vous concrètement pour aider les clubs suisses qui sont à l’étranger et dont tous les membres transmettent une belle image de notre belle Suisse?
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 16:51

    Vous avez raison, Philippe et Karen, les clubs et, d’une manière générale, tous les Suisses de l’étranger sont des ambassadeurs de la Suisse et de son image. Nous essayons de les impliquer dans nos projets, en étroite collaboration avec l’Organisation des Suisses de l’étranger.

    Et nous avons lancé un tout nouveau projet pour célébrer le 1er Août avec tous les Suisses de l’étranger! C’est un site participatif fait par et pour nos compatriotes expatriés. RDV ici: https://www.missione1agosto.org/. Faisons la fête samedi tous ensemble, malgré la pandémie! Et faire la fête, c’est excellent pour notre image dans le monde!


  2. Question posée par MAC:
    Comment contrer l’image de la Suisse toujours perçue comme trop chère? Les exemples d’hôtels surannés et pourtant lourdement taxés sont pléthoriques. Que fait-on pour nous montrer sous une meilleure image?
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 16:54

    La Suisse «chère» est en effet un défi en termes d’image. Le monde du tourisme, que vous citez en exemple, en est conscient. Il faut que le prix et la valeur de la prestation soient cohérents, sinon nous allons perdre en image, ce que nous ne pouvons pas nous permettre, surtout en ce moment.

    Cela étant, sur la question de la cherté générale de la Suisse, il m’arrive de la défendre à l’étranger sous l’angle des salaires. En effet, cette cherté provient en grande partie des salaires élevés, et ces derniers sont aussi un indicateur du respect que nous avons pour le travail et les travailleurs. Sans oublier les systèmes AVS et 2e pilier qui font partie de la donne salariale et sont un bel exemple de solidarité sociale dans le monde du travail, et dans un pays libéral! Ce respect du travail et cette notion de solidarité sont aussi porteurs pour notre image.


  3. Question posée par Felice Stalla:
    «Il y avait un peu un mépris de la pensée. Les Cahiers ont été les premiers sous l’influence des philosophes français à un peu apporter ceci, à dire: n’oublions pas qu’on pense avec le cinéma quand on en fait.» Jean-Luc Godard. Comment redonner ses lettres de noblesse à notre cinéma suisse romand? Merci.
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:53

    Même si j’ai un peu perdu de vue le microcosme du cinéma suisse depuis ma période «Monsieur Cinéma», j’ai tendance à suivre la pensée de notre philosophe de Rolle, Jean-Luc Godard. Et donc la question: quel cinéma suisse romand peut être à la fois populaire et nous faire réfléchir? Eh bien je dirai le cinéma documentaire!

    En effet, quand je vois le carton des documentaires sur Netflix et… leur pauvreté intellectuelle, je me dis que la Suisse aurait un coup à jouer. Nous savons, notamment en Suisse romande avec des auteurs comme Jean-Stéphane Bron, faire des documentaires populaires qui nous font réfléchir. Pousser le documentaire populaire de qualité, au cinéma comme sur les plateformes de streaming, ça serait ma proposition.


  4. Question posée par Daniel:
    Un vecteur important de votre communication est la présence via un stand/pavillon lors de grands événements sportifs et culturels. Quelle alternative proposez-vous si de tels événements sont annulés ou reportés?
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:08

    Cette question, Daniel, nous a beaucoup (pré)occupés cette année! En effet, notre Maison Suisse à l’Exposition universelle de Dubaï et aux JO de Tokyo a été annulée! Il y a deux solutions: reporter (ce que le Conseil fédéral a décidé pour ces deux événements) et réfléchir sur le concept de digital twin, c’est-à-dire l’équivalent digital de nos plateformes.

    On est à fond sur cette idée: créer des plateformes digitales Swiss made à même de générer un trafic international et promouvoir notre économie, notre innovation, nos artistes, etc. Si vous ou les lecteurs du «Temps» ont l’idée géniale, voici mon adresse: nicolas.bideau@eda.admin.ch!


  5. Question posée par Marie:
    De l’étranger, les clichés autour de la Suisse sont-ils toujours aussi forts qu’avant? Heidi, chocolat, vache, secret bancaire… Selon vous, faut-il s’en servir, ou cherchez-vous plutôt à jouer sur d’autres points? Si oui lesquels?
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:37

    Nos clichés ont toujours le vent en poupe. Parfois les Suisses, comme les autres, sont fatigués de ces associations. Mais ils sont une chance! Quels autres pays de notre taille ont une image aussi forte que la nôtre, avec une majorité d’images positives? Notre défi n’est pas de renforcer ou d’effacer ces clichés, mais de nous en servir pour valoriser d’autres éléments moins connus mais importants pour la Suisse.

    Nous sommes par exemple moins associés à l’innovation, alors que nous sommes des leaders mondiaux. Si le chocolat nous permet de parler ensuite des Ecoles polytechniques ou du système de formation, c’est banco! Nous travaillons actuellement beaucoup sur la biodiversité. Et Heidi serait une excellente ambassadrice pour ce thème. Ringards, les clichés? Certainement pas.


  6. Question posée par Lionel:
    «Vigousse» n’a pas eu des mots très tendres envers vous. Le média vous reproche notamment de vanter le système de santé suisse, sans évoquer les victimes suisses décédées durant la crise sanitaire. Injuste?
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:18

    Je comprends la critique. Mais j’étais dans mon rôle, je m’exprimais sur l’image de la Suisse en comparaison internationale. Et sur le plan du système de santé, nous sommes pas mal. J’ai sincèrement du respect pour les victimes, suisses et étrangères, de la pandémie.


  7. Question posée par Jonathan Luget:
    La présidente, Simonetta Sommaruga, a présenté ses vœux de début d’année dans une boulangerie. Quel a été l’impact de ce discours dans les médias à l’étranger? France Inter avait d’ailleurs consacré un billet politique à ce sujet.
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:17

    A mon avis, un très bel impact pour notre image. A première vue, les médias français sont toujours un peu amusés de la modestie de nos conseillers fédéraux. Mais je pense que le public, français ou autre, ne s’y trompe pas.

    Cette modestie de nos dirigeants, cette proximité est une valeur essentielle au bon fonctionnement de la démocratie au XXIe siècle. Naturelle en Suisse, cette proximité est très appréciée à l’étranger, car elle est souvent rare.


  8. Question posée par Jonathan:
    Pourquoi quand un chef d’Etat français, américain ou autre se rend dans un pays, par exemple l’Ukraine, beaucoup de médias internationaux en parlent alors que notre présidente y était récemment et que j’ai vu peu d’articles à ce sujet? Ne faudrait-il pas donner plus de valeur à la fonction de président(e)?
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:31

    Notre système veut que le collège du Conseil fédéral gouverne. Le président est un primus inter pares. La Suisse a donc décidé de «dépersonnaliser» son pouvoir exécutif fédéral.

    Personnellement, je trouve que les pères fondateurs de notre pays ont vu juste: la déconcentration/dépersonnalisation du pouvoir est une valeur ajoutée pour la démocratie. Il permet aux débats de se concentrer davantage sur les idées et moins sur les personnes. Ce qui est essentiel pour une démocratie directe, élément très fort pour notre image à l’étranger à l’heure actuelle.


  9. Question posée par Kleio:
    Craignez-vous la fin de carrière de Roger Federer, qui semble un ambassadeur idéal de la Suisse et qui est sans arrêt mis en avant pour valoriser notre pays? Comment anticipez-vous pour la suite?
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:33

    Pour rendre à Federer ce qui est à Federer, la Suisse ne l’a pas conçu! Il incarne bon nombre de nos qualités (travail, humilité, précision…), mais son talent lui appartient!

    Il est, et sera, un ambassadeur extraordinaire pour notre pays et sans doute le plus visible, dans et hors du sport. Il est fier de notre pays et n’hésite jamais à le promouvoir.

    En espérant qu’il gagne encore des titres, notamment à Tokyo en 2021, nous nous «préparons» bien sûr à sa fin de carrière, comme tous les Suisses. Notre pays ne manque pas de talents, dans le sport et dans d’autres domaines (sciences, art, industrie…) et la relève est là. L’avenir nous réserve de belles surprises! Ensuite, ce sont les autres qui décident des idoles…


  10. Question posée par Nathalie:
    En toute franchise, quelle a été votre réaction quand vous avez vu le buzz mondial suscité autour du discours de Johann Schneider-Ammann: «Rire, c’est bon pour la santé»? Vous mettez beaucoup d’énergie à améliorer l’image de la Suisse, et là, en quelques secondes, vous faites face à un buzz mondial – incontrôlable – où tout le monde rigole autour de ce discours (et de la Suisse). Pas simple…
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:39

    Comme je l’ai écrit à propos de la vidéo de la présidente à la boulangerie, cette modestie ou, pour le rire, cette sorte de distance par rapport à la communication plaît à la fin à l’étranger. Peut-être pas aux médias, mais au public. Je pense que les gens, à l’étranger, sont fatigués de voir des femmes et des hommes soigner leur image et leur communication au-delà du raisonnable.


  11. Question posée par Jonathan:
    Comment a été vue à l’étranger la manière dont le Conseil fédéral a géré la crise du coronavirus? Au contraire, et pardonnez-moi de le dire, de la France avec ses grandes annonces ou des Etats-Unis ou du Brésil qui sont complètement catastrophiques.
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:44

    A l’heure actuelle, en comparaison internationale, la Suisse s’en sort bien. La gestion maîtrisée de la crise par les autorités a permis aux hôpitaux de tenir le coup, ce qui était essentiel dans un premier temps. Ensuite, la rapidité de réaction sur les défis économiques et l’innovation de la Suisse pour lutter contre la pandémie ont fait la une des médias étrangers. En termes d’image, on est pas mal, à l’heure actuelle.


  12. Question posée par JG:
    Vous essayez de corriger notre image de «Heidiland» à l’étranger et de mettre en exergue ce qui fait de la Suisse une superpuissance scientifique et technologique. Combien de temps faudra-t-il encore pour infléchir ce cliché?
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:45

    Je le dis souvent, nous ne cherchons pas à corriger les clichés, mais à nous appuyer sur eux pour élargir notre perception à d’autres domaines. La question est donc plutôt: combien de temps faut-il pour «implémenter» une nouvelle image auprès de nos publics cibles? Difficile à dire. Mais nous y travaillons ardemment, en nous appuyant sur les canaux de communication appropriés, en digital comme en physique. Avec Heidi comme soutien moral!


  13. Question posée par Fred:
    Le mot parfait pour qualifier la Suisse?
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:47

    Populaire!


     
    Conclusion
    Réponse donnée par Nicolas Bideau à 17:59

    Les clichés de notre mère patrie, l’ADN de la démocratie suisse, notre gestion de la pandémie, Roger Federer, Heidi, j’en passe et des meilleures: l’essentiel de mon job en une heure! Bravo aux lecteurs du «Temps», ce fut un chat de compète!