La culture comme instrument de la politique étrangère helvétique: c'est la nouvelle inflexion que Micheline Calmy-Rey veut donner à la diplomatie. Jusqu'ici conseiller de Pascal Couchepin, Nicolas Bideau est chargé de donner chair à un «centre de compétences pour la politique étrangère culturelle», a confirmé au Temps le fils de l'acteur genevois.

Cette démarche devrait associer des artistes aux grandes options défendues par la Suisse, en particulier la promotion de la paix et des droits de l'homme. La cheffe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) avait annoncé son intention en janvier, lors des Journées du cinéma suisse de Soleure: utiliser la culture comme un «instrument» du rayonnement national de manière plus «proactive». Les nouveaux programmes devraient mêler des artistes locaux, là où seraient menées des opérations, et des créateurs helvétiques.

A titre d'exemples résumant l'esprit qu'il est chargé d'insuffler, Nicolas Bideau cite les travaux sur le patrimoine afghan du Bâlois Paul Bucherer, une reprise dans les Balkans de La Visite de la vieille dame de Friedrich Dürrenmatt, ou l'«Arche de Noé» de Mario Botta, un parc et un musée bâtis à Jérusalem avec Niki de Saint Phalle. L'Initiative de Genève, indique le diplomate, fournit d'ailleurs une ample matière à des interventions de créateurs: «Etant donné qu'elle vise la société civile, les artistes y ont pleinement leur place. Ils offrent un média qui porte parfois plus loin que les textes officiels.» Et de citer aussi l'abondante production de films documentaires en Suisse, à l'image de Mais im Bundeshuus (Le Génie helvétique) de Jean-Stéphane Bron, condensé de pédagogie démocratique que Nicolas Bideau verrait bien diffusé à large échelle par l'entremise des ambassades.

Activités coordonnées

Pour mettre en œuvre cette nouvelle ligne, le budget de la section «culture et Unesco» a été doublé, en coupant ailleurs: cette innovation n'occasionne pas de dépenses supplémentaires, assure-t-on, mais se traduira par des modifications de postes. Les activités de cette section, des attachés culturels dans les ambassades – 29 personnes pour 15 postes – et celles de la Direction du développement et de la coopération seront coordonnées. Les représentants à l'étranger disposeront ainsi d'un «guichet unique» qui les orientera vers les instances susceptibles de les soutenir.

Nicolas Bideau se défend d'empiler encore une structure dans un paysage où la division des tâches – notamment entre Présence suisse, l'Office fédéral de la culture (OFC) et Pro Helvetia – n'est pas toujours d'une clarté éblouissante: «Notre fonction sera de donner une plus grande visibilité à la politique de paix. C'est un domaine que personne ne nous dispute. Et je tiens à travailler en liens étroits avec l'OFC, qui sait repérer les projets prometteurs.» A terme, une «synergie financière» pourrait voir le jour entre l'OFC, Présence suisse, Pro Helvetia et les Affaires étrangères. Alors qu'une nouvelle loi sur l'encouragement à la culture est en préparation et que les règles de Pro Helvetia seront revues dans la foulée, le DFAE avance ses pions. La culture devient l'objet d'attentions inédites au sein de l'administration fédérale. En sus, la création de ce centre de compétences est parallèle au retour, cette année, de la Suisse au comité exécutif de l'Unesco.

Cette innovation ne manquera sans doute pas de prêter le flanc à de nouvelles critiques sur le volontarisme affiché de la ministre socialiste. Nicolas Bideau affûte son argumentaire: «Il est faux de dire que le recours à la culture par la diplomatie constitue une démarche de gauche. Nous ne considérons pas la position des artistes, qu'ils soient de droite ou de gauche, mais voulons susciter des débats. Il ne s'agit que de mettre en œuvre, en matière culturelle, la ligne de la politique étrangère définie par le Conseil fédéral.»