Suisse-UE

Nicolas Bideau: «La Suisse peut aussi être un modèle pour l’Union européenne»

Comment promouvoir l’image de l’UE à l’étranger? A l’invitation du Parlement européen, Nicolas Bideau, directeur de Présence suisse, a expliqué sa recette

Nicolas Bideau, le directeur de Présence suisse, était l’invité mercredi des commissions Culture et Affaires étrangères du Parlement européen, dans le cadre d’une audition sur le thème «Comment promouvoir l’image de l’UE à l’étranger.» Une invitation qui ne manque pas de sel dans le contexte tendu des relations bilatérales.

Le Temps: En quoi la Suisse peut-elle contribuer à améliorer l’image de l’UE à l’étranger?

Nicolas Bideau: Nous avons été invités car Présence Suisse a organisé de nombreux événements culturels extérieurs. Elle a aussi fait venir des délégations parlementaires européennes en Suisse. Présence Suisse a été créée au début des années 2000, en pleine crise des fonds en déshérence, quand le pays avait un gros problème d’image. C’est précisément cette question de sa perception que l’Europe doit se poser aujourd’hui. De l’extérieur, on ne voit pas ses dysfonctionnements politiques internes, mais l’UE est associée à l’idée d’un Vieux Continent, pas très mobile, ayant du mal à se renouveler. Dans le même temps, elle développe aussi l’image d’un continent en train de se repenser politiquement et qui sait que c’est le moment de bouger. La «marque» suisse existe, la «marque» Europe pas encore, mais le potentiel est là.

– Tout de même, n’est-ce pas curieux que la Suisse soit présentée comme un modèle d’inspiration alors que ce même modèle pose problème dans les relations bilatérales?

– Oui c’est assez marrant de nous convier à cet exercice, mais les parlementaires européens ont une vision un peu moins politicienne de la Suisse. Peut-être cherchent-ils d’ailleurs à faire sortir la Commission européenne de ses vues. Notre pays reste tout de même pour eux un modèle d’équilibre, fédéral en l’occurrence. Un modèle qui marche, en cette période où l’UE se cherche un projet. Et le message passé par Présence Suisse , c’est que quand l’Etat fédéral est trop visible, cela peut poser un problème mais quand l’équilibre est trouvé dans les différentes actions entre celui-ci et les autres entités, cela peut être un modèle qui marche. La clef est dans la bonne combinaison des différents niveaux.

– Ce modèle suisse agace l’UE tout de même de temps à autre… La Suisse a-t-elle une si bonne image que cela à Bruxelles?

– Pour celui qui ne se trouve pas dans la mécanique européenne, elle est plutôt positive, oui. Elle véhicule à la fois la stabilité politique et économique, avec des clichés positifs mais aussi des secteurs où l’on pourrait être mieux perçu, par exemple autour de la recherche. Quant à l’image des banques, il y a eu de vrais progrès, conformément à notre coopération sur l’échange automatique d’informations. Il y a encore des scandales, la récente réforme de la fiscalité des entreprises n’a pas été validée, mais cela va mieux. Mais cette image reste fragile et la Suisse énerve, c’est vrai, car elle prend son temps. Tout le monde a néanmoins conscience qu’elle veut en finir avec son image de mouton noir.

Publicité