De son propre aveu, Nicolas Blancho, président du Conseil central islamique suisse (CCIS), ne s’attendait pas à un tel succès. 2000 musulmans ont participé samedi à la Conférence annuelle du CCIS qui se déroulait au Palais des Congrès de Bienne. Ils sont venus de toute la Suisse, mais aussi de l’étranger, pour écouter de prestigieux intervenants s’exprimer sur l’identité islamique contemporaine, thème général de cette manifestation.

La conférence du CCIS a ratissé large. Des musulmans de tous âges sont présents, bien que la majorité est constituée de jeunes. Ils proviennent d’horizons culturels très divers. On entend parler le turc, l’albanais, l’arabe, l’anglais, le français, l’allemand. Femmes et hommes pénètrent dans le bâtiment par des entrées différentes. Les hommes par l’entrée principale, les femmes par une porte latérale. Dans la grande salle où se déroulent les conférences, les deux sexes sont rigoureusement séparés.

Le voile très généralisé

La très grande majorité des femmes porte le hijab, même les petites filles. Quelques femmes sont vêtues de tchador et de niqab. Dans cette nuée de voiles, une fausse blonde moulée dans des jeans serrés et hissée sur des talons aiguille attire des regards interloqués. Asja, une jeune Argovienne voilée qui a fait des études en communication, dit être venue à Bienne pour se faire sa propre opinion sur le CCIS. Une Glaronnaise vêtue d’un niqab qui laisse apparaître uniquement de beaux yeux bleus avance la curiosité comme motif de son déplacement. Naima, une jeune Biennoise, aussi.

Côté hommes, plusieurs participants portent une barbe frisée, une longue tunique et une chachia blanche (bonnet islamique). Mais ils ne sont de loin pas la majorité. Mahir est venu d’Yverdon pour élargir son savoir. Il ne sait pas très bien ce qu’est le CCIS. Afrim, de Zurich, est membre depuis un mois. «Je ne me sens pas forcément représenté par le CCIS, mais je le soutiens.»

Persécutions dénoncées

Devant le Palais des Congrès, à 14h, une cinquantaine de manifestants tentent d’attirer l’attention sur la situation des chrétiens en terres musulmanes. «Plus de 100 millions de chrétiens sont persécutés dans le monde, dont une majorité dans les pays musulmans», affirme Daniel Zingg, porte-parole du Comité d’action contre l’islamisation stratégique de la Suisse. «L’idéologie du CCIS est dangereuse», poursuit-il. Parmi les manifestants figurent aussi des membres de l’Union démocratique fédérale.

Selon Markus Früh, président de la section du Jura bernois, ce sont 250 millions de chrétiens dans plus de 30 pays musulmans qui ne bénéficient pas des droits de l’homme. Avant le début de la conférence, Nicolas Blancho tente d’apaiser la grogne des manifestants en allant à leur rencontre avec des sucreries. «Soyez les bienvenus», claironne-t-il en élevant une coupe remplie de bonbons. Peu convaincus par ce geste, les manifestants ricanent.

Il est un peu plus de 15h. A l’intérieur du Palais des Congrès, la Conférence annuelle démarre avec la projection, sur deux grands écrans, de courtes phrases scandées par une musique qu’on croirait extraite d’un thriller hollywoodien. «Où sont nos droits? Qui se lève pour nous? Qui va nous donner une identité?»

Cohue

Débordés par la foule, Qaasim Illi, directeur de la communication, et les services de sécurité interviennent pour prier les participants qui restent debout dans les couloirs d’accès à la grande salle de descendre au rez-de-chaussée, où ils peuvent suivre la manifestation sur des écrans. Le Palais des Congrès est archi-comble.

Deux interventions ont marqué cette manifestation. Celle de Nicolas Blancho, qui a appelé les musulmans à cesser de se victimiser et de rendre les juifs et le monde occidental responsables de tous leurs maux. «Les musulmans doivent faire leur autocritique. Il faut une rupture historique avec tous les anciens systèmes de pensée.» Et celle d’Yvonne Ridley, une journaliste britannique qui s’est convertie à l’islam après avoir séjourné dans une prison en Afghanistan. Le contact avec ses gardiens talibans – très aimables selon elle – a transformé sa vie. Cette pasionaria voilée s’est lancée dans un discours anti-occidental qui a été ovationné à plusieurs reprises, uniquement du côté hommes. Shefqet Krasniqi, le controversé imam de Pristina, a discouru de manière assez convenue sur la nécessité d’adopter ce qu’il y a de meilleur dans les cultures occidentale et orientale. Yusuf Estes, un ancien évangélique américain converti à l’islam, a fait défection. A la plus grande déception de ses fans.

2000 musulmans sont venus, mais le CCIS n’a enregsitré que peu de nouvelles inscriptions. A 20h, il comptait seulement une trentaine de nouveaux membres. Invitées à participer à la manifestation, les principales organisations faîtières islamiques de Suisse n’étaient pas représentées officiellement. Quelques mosquées de Zurich et de Bienne ont répondu positivement.