Valais

Nicolas Voide, le conservateur qui veut la peau de Christophe Darbellay

Candidat au gouvernement et pilier du PDC, Nicolas Voide a choisi de s’allier à l’UDC Oskar Freysinger pour combattre Christophe Darbellay. Selon les camps, il est décrit fidèle à ses valeurs ou traître à son parti

Face aux journalistes, aux côtés d’Oskar Freysinger, Nicolas Voide semble nerveux. Le dissident démocrate-chrétien quitte rarement sa feuille des yeux. Candidat au gouvernement sur la liste de deux démocrates de centre, il martèle que la formation «Ensemble à droite» constitue une alliance de personnalités et qu’il ne faut pas la confondre avec le parti de ses colistiers. Les nombreux cadres de l’UDC présents dans la salle applaudissent. Aucun démocrate-chrétien n’a fait le déplacement. «Ils n’osent pas venir mais ils votent», sourit un élu UDC.

Avec Oskar Freysinger, nous avons des divergences sur le style, mais pas sur le fond

Député démocrate-chrétien, Nicolas Voide a longtemps affronté Oskar Freysinger et les démocrates du centre. Aujourd’hui, il nuance: «Je combattais les idées, pas les hommes, ni les partis». Désormais en campagne aux côtés du conseiller d’Etat, il décrit le «large socle commun» qui les réunit. Même en évoquant l’immigration, il refuse d’identifier une différence idéologique qui pourrait les éloigner: «Nous avons des divergences sur le style, mais pas sur le fond.»

Il a toujours rêvé d’être ministre

Âgé de 48 ans, le conservateur Nicolas Voide n’a quitté le Valais que le temps de ses études de droit. Avocat-notaire et célibataire endurci, il a été président du club de football de Martigny-Combe et vice-président du club de hockey de Martigny. Fils d’un ancien président du parti démocrate-chrétien, il a successivement été conseiller communal, parlementaire cantonal et président du Grand Conseil. Pour ses proches, c’est son ambition ultime: «il a toujours rêvé de devenir conseiller d’Etat.»

Je ne trahis pas mon parti, je lui rends service

Dans son étude de Martigny, Nicolas Voide égrène ses arguments d’un ton posé: «Les critiques de ma famille me font mal et je comprends que ma démarche nécessite des explications». S’estimant moins isolé qu’il n’y paraît, il développe longuement sa volonté de proposer une alternative conservatrice à une liste officielle plutôt chrétienne-sociale: «Je veux sonder le poids de l’aile droite au sein du PDC et j’espère freiner son exode vers l’UDC». Il insiste: «Je ne trahis pas mon parti, je lui rends service.»

Malgré tout, dans les bureaux du PDC où le téléphone sonne inlassablement, le président Serge Métrailler décline le discours de l’ami trahi: «Nicolas Voide confond servir et se servir, il n’est plus l’homme que j’ai connu pendant des années». Négociée dans le plus grand secret, son alliance avec Oskar Freysinger fait d’autant plus mal au parti qu’il passait pour l’un de ses piliers. Pour Christophe Darbellay, «il devient le porteur d’eau d’Oskar Freysinger». Pour de nombreux cadres, le dissident s’est lui-même exclu du PDC. Lui refuse d’en prendre acte: «Je suis et je resterai démocrate-chrétien.»

Lire aussi: «La candidature de Nicolas Voide révèle un profond malaise au PDC»

En guerre contre Christophe Darbellay

A ses alliés politiques, Nicolas Voide laisse le souvenir d’un parlementaire qui préfère retirer ses propositions plutôt que de subir un affront: «Il a toujours détesté perdre». Il y a huit ans, il a pourtant subi une cuisante défaite. Déjà candidat au gouvernement, il avait perdu la primaire démocrate-chrétienne du district de Martigny contre son vieil ennemi Christophe Darbellay. Quelques semaines plus tard, il concourrait à l’évincer de la course, en favorisant la victoire d’un proche, Maurice Tornay.

Avec ses cars entiers de nouveaux adhérents, le congrès de 2008 incarne la fracture qui divise les ailes conservatrice et chrétienne-sociale du PDC. En 2013, Christophe Darbellay fâchait les conservateurs en annonçant très tôt qu’il contesterait le siège de Maurice Tornay. En avril dernier, après une longue campagne interne, le ministre renonçait à briguer sa réélection. Estimant qu’il n’avait plus le temps de «lever une armée», Nicolas Voide n’a pas fait acte de candidature dans son parti avant de s’allier à Oskar Freysinger.

Lire aussi: Maurice Tornay s’efface devant Christophe Darbellay

Ma candidature dira s’il a encore la confiance de l’électorat PDC, et surtout de son aile conservatrice

Même si un seul des deux hommes pourra être élu, il soutient que «ce n’est pas une candidature de combat contre Christophe Darbellay». Pourtant, Nicolas Voide l’attaque dans la presse, évoquant son enfant adultérin ou lui reprochant d’adapter ses positions politiques aux enjeux: «Ma candidature dira s’il a encore la confiance de l’électorat PDC, et surtout de son aile conservatrice». Beaucoup décrivent la haine qui déchire les deux hommes depuis longtemps. Nicolas Voide relativise: «Disons que le courant passe mal.»

Une candidature quitte ou double

Pour Oskar Freysinger, plutôt content d’un coup qui lui permet d’affaiblir Christophe Darbellay et d’espérer une majorité au gouvernement, Nicolas Voide défend surtout des valeurs et «nul ne conteste sa correction et sa fiabilité». Pourtant, même parmi les cadres de l’UDC, devenus ses plus fervents partisans, sa candidature passe pour opportuniste. Elle a cependant l’avantage de semer le doute au sein de l’aile droite du PDC, où ils recrutent régulièrement de nouveaux adhérents.

Avec quelques conservateurs, le sénateur PDC Jean-René Fournier a choisi de soutenir publiquement Nicolas Voide: «C’est un homme de principes qui va continuer à défendre les valeurs du PDC». Comme de nombreux autres cadres du parti, Yannick Buttet condamne la démarche du dissident: «Intellectuellement, son discours ne tient pas la route». Pour le président Serge Métrailler, «l’UDC instrumentalise sa frustration et son envie de pouvoir.»

Lire aussi: En Valais, l’UDC vampirise le PDC

La candidature de Nicolas Voide ressemble à un quitte ou double. S’il devait échouer le 5 mars prochain, son avenir dans le parti sera sans doute compromis, et il aura apporté des suffrages à Oskar Freysinger dans le duel acharné qui l’oppose à Christophe Darbellay. S’il devait être élu, le conseiller d’Etat UDC gagnerait un allié au gouvernement, plutôt que de s’embarrasser d’un adversaire qui promet déjà de lui mener la vie dure.

Publicité