De nobody à challenger. Ainsi Nicolas Voide a-t-il à assumer son destin de politicien aux ambitions gouvernementales, eu égard aux sacro-saints statuts du PDC valaisan. Dans la course à la candidature pour le Conseil d'Etat, qu'on s'appelle Voide ou Darbellay importe peu. Il faut recevoir l'aval des membres de sa région pour être porté candidat officiel devant le Congrès cantonal (il aura lieu le 6 juin).

Ce soir, les membres du Parti démocrate-chrétien du district de Martigny opéreront la sélection. Et, de l'avis de nombreux observateurs, de l'aveu même du camp Darbellay, le match n'est pas joué d'avance. Frédéric Giroud, chef de campagne de Christophe Darbellay, a cette métaphore: «Même si on est premier à Rome, on remet le bleu de travail.»

L'ex-avocat de Xavier Bagnoud

Qui est, au fond, ce postulant à qui on prête le pouvoir de faire plier le géant «romain»? Il est un illustre inconnu aux yeux des Romands, exception faite de sa furtive implication dans l'affaire Bagnoud, qui a connu un nouveau rebondissement hier avec l'arrestation du principal intéressé (lire ci-contre). Nicolas Voide a été l'avocat du député pris le nez dans la cocaïne avant de se retirer, samedi dernier, estimant «ne plus pouvoir assumer son mandat sereinement et dans l'intérêt de son client».

A l'intérieur des frontières cantonales, il affiche un parcours politique classique. Il a été successivement membre des jeunesses PDC, puis conseiller général (parlement) à Martigny avant de faire ses armes à la députation dès 1997 et d'endosser le rôle de chef du groupe PDC du Bas en 2003.

Un parcours suffisamment rodé, juge-t-il, pour revendiquer, à 40 ans, un siège au gouvernement. «Depuis que je siège au Grand Conseil et comme chef de groupe, nous avons pu tenir nos promesses électorales, soit assainir les finances cantonales tout en allégeant la charge fiscale des familles et des PME», commente Nicolas Voide, prêt à bâtir sur ses réussites législatives.

Un conservatisme assumé

Pourquoi le match de ce soir s'annonce-t-il si serré? Précisément parce que les deux candidats en lice représentent chacun une aile bien distincte du PDC valaisan, lequel s'affiche passablement divisé. Depuis quelques semaines, les fronts se dessinent. L'arrière-garde du parti désigne régulièrement Christophe Darbellay comme le représentant de l'aile chrétienne-sociale, trop à gauche à leur goût. Lui se défend de l'incarner.

Quant à Nicolas Voide, il représente la frange plus conservatrice du PDC et l'assume. «Historiquement, à l'intérieur du Parti démocrate-chrétien valaisan, c'est vrai que je représente une tendance plus à droite que Christophe Darbellay, celle qu'il incarne en tant que président du parti suisse dont on a pu constater à plusieurs reprises qu'il se distancie du PDC valaisan. Je suis intransigeant sur les questions de la libéralisation de l'avortement ou de la dépénalisation des drogues, mais cela ne fait pas de moi un extrémiste. Je représente le centre droit.»

«Aucun adhérent UDC»

Face à Christophe Darbellay, les représentants du PDC de la première heure, conservateurs et chrétiens jusqu'au bout des ongles, ont ratissé large pour faire élire un ambassadeur digne de la tendance dure du parti. Jusque dans les rangs UDC, dit-on. Combien de voix iront effectivement à Nicolas Voide? Le principal intéressé ne se risque à aucun pronostic. «Ceux qui se sont inscrits adhèrent aux valeurs du PDC. Un point c'est tout. C'est un mensonge de dire qu'ils sont UDC. Quant au résultat de l'élection, les indicateurs me montrent que ce pourrait être effectivement très serré...»

Concrètement, selon certains stratèges, les sections de «l'arrière-pays» (Fully, Saxon, Charrat) seraient plutôt acquises à Darbellay, qui y a tissé un réseau considérable. L'enjeu pourrait, en ce sens, se situer en ville de Martigny, où Nicolas Voide mobilise beaucoup, mais où Darbellay a fait un excellent score aux élections fédérales.

Certains émettent clairement l'hypothèse selon laquelle Nicolas Voide serait purement et simplement «l'homme de paille» de Maurice Tornay, candidat du district d'Entremont et administrateur du Nouvelliste, lequel peut par ailleurs compter sur le soutien de son journal et son actionnaire le plus influent, Jean-Marie Fournier (LT du 13.05.2008).

Selon ce scénario, le succès de Nicolas Voide aux primaires ne servirait qu'à évincer le ténor Darbellay pour ouvrir la voie à Maurice Tornay devant le Congrès. Nicolas Voide réfute évidemment ce rôle de porteur d'eau. «Je ne m'engage pour mes convictions. En aucun cas pour barrer la route à quelqu'un. Faut-il vous rappeler que je me suis lancé dans la course trois mois avant Darbellay?» répète-t-il inlassablement, affichant une grande sérénité à quelques heures de l'élection.

Il n'a rien à perdre, après tout. Plutôt une revanche à prendre sur l'histoire: «Martigny n'a plus eu de conseiller d'Etat depuis 1936.» Et il veut être celui-là.