sécurité

Nicoletta della Valle: «La lutte contre le djihadisme fait partie de mes priorités»

La nouvelle directrice de fedpol participe ce jeudi à une réunion européenne sur le thème des combattants étrangers. Elle revendique le besoin de doter la Suisse de meilleurs instruments pour contrer le phénomène. La loi sur le renseignement en fait partie, dit-elle

«La lutte contre le djihadisme fait clairement partie de mes priorités»

Questions à

Directrice de fedpol depuis le 1er août, la Bernoise Nicoletta della Valle se rend ce jeudi, avec la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, à un sommet européen au Luxembourg qui traitera notamment de la thématique des combattants étrangers en Syrie.

Nous l’avons rencontrée à la veille du sommet, alors que le Conseil fédéral venait de décider d’interdire le groupe Etat islamique et les organisations qui lui sont apparentées (lire ci-contre).

Le Temps: Le phénomène des djihadistes touche toujours plus la Suisse. Environ 25 résidents suisses seraient partis en Syrie et en Irak combattre aux côtés de l’Etat islamique notamment. Et trois Irakiens accusés d’avoir planifié un attentat en Suisse en lien avec EI sont en détention préventive depuis ce printemps dans des prisons bernoises. Prenez-vous la menace djihadiste au sérieux?

Nicoletta della Valle: Bien sûr. Cela fait partie de nos priorités. Fedpol travaille avec le Ministère public de la Confédération, le Service de renseignement (SRC), les polices cantonales et d’autres instances, comme l’Office fédéral des migrations. La coordination fonctionne, même si nous pouvons toujours l’améliorer et la renforcer. Si on ne se parlait pas les uns avec les autres, cela serait donner un signal dévastateur à la population! Nous travaillons également étroitement avec nos partenaires européens. Je ne désire pas en dire plus, par souci d’efficacité et par respect pour nos partenaires. Mais, oui, la lutte contre le djihadisme fait clairement partie de mes priorités, tout comme celle contre le crime organisé, le cyberterrorisme et le trafic d’êtres humains. Nous devons en revanche développer des instruments pour être plus efficaces. La nouvelle loi sur le renseignement et celle sur la surveillance de la correspondance par poste et télécommunications nous permettront d’agir mieux, plus en amont, même si le cadre légal actuel permet déjà de faire beaucoup.

– Vous n’êtes en poste que depuis peu de temps. Qu’allez-vous changer au sein de fedpol?

– Pour moi, il est indispensable de faire preuve de plus de flexibilité à l’interne, de pouvoir, avec les mêmes ressources et simplement en les répartissant différemment lorsque c’est nécessaire, réagir rapidement aux nouvelles menaces, ou par exemple s’adapter à l’évolution, ultrarapide, de la technologie. J’aime quand les choses bougent, je déteste la bureaucratie. Je suis quelqu’un de dynamique, d’exigeant et parfois, je l’admets, d’impatient. J’ai un caractère et un style assez différents de mon prédécesseur, Jean-Luc Vez, avec lequel j’ai toutefois beaucoup appris.

– Vous dites aimer «quand les choses bougent». Doit-on en déduire que fedpol est un peu sclérosé et que l’office souffrirait d’une certaine inertie?

– Ce n’est pas ce que je dis. J’ai des collaborateurs et collaboratrices très motivés et compétents. L’office a subi des restructurations – les Renseignements, en l’occurrence l’ex-Service d’analyse et de prévention qui fait désormais partie du SRC, sont partis au Département fédéral de la défense – et a dû se soumettre à beaucoup d’évaluations. Mais nous devons désormais aller de l’avant, malgré certaines cicatrices. Nous devons absolument éviter de rester sur la défensive. Il y a aussi un effort de communication à faire. Je constate que beaucoup de gens, même des parlementaires, se demandent parfois quelles sont nos activités exactes, ce que font les plus de 800 collaborateurs de fedpol. Je vais faire en sorte que cela se sache davantage.

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