Payer plus pour gagner moins. Le «Sonntagsblick» dévoile les grandes lignes d’une réforme des retraites, préparée par Alain Berset pour l’horizon 2020, et dont le Conseil fédéral devrait se saisir déjà ce vendredi, ou en tout cas avant les vacances d’été. Un menu à hauts risques politiques, souligne le journal. Mesure phare, le taux de conversion LPP, qui détermine la part du capital de prévoyance reversé sous forme de rente chaque année, serait abaissé de 6,8% à 6%. Ceci alors qu’une baisse moins sévère à 6,4% a été balayée par le peuple, à près de 73%, en mars 2010. Les rentes du deuxième pilier maigriraient dès lors à hauteur d’un dixième.

Par ailleurs, l’âge de la retraite pour les femmes serait progressivement relevé de 64 à 65 ans, à raison de deux mois de travail additionnels par année pendant six ans. Les rentes de veuves seraient abolies pour celles qui n’ont pas d’enfant. Concernant la retraite flexible, l’âge de référence resterait fixé à 65 ans, mais elle ne serait possible qu’à partir de 62 ans (au lieu de 58 ans actuellement), avec des aménagements possibles pour des branches comme la construction. Pour couronner le tout, on envisage de réduire la contribution de l’Etat fédéral au financement de l’AVS, en la limitant à 10% des ressources (contre 20% actuellement, ce qui équivalait à un versement de 7,6 milliards de francs l’an dernier). La réduction de l’apport de la Confédération serait compensé par les consommateurs avec un relèvement progressif de deux points de la TVA (un point en 2019, le second en 2027).

Le «Sonntagsblick» relève que des menaces de référendum ont déjà été proférées par le parti socialiste d’Alain Berset, tandis que les Verts demandent que la prévisible baisse des rentes du deuxième pilier soit compensée par une consolidation des apports de l’AVS. L’initiative «AVS Plus», en cours de récolte de signatures, exige un relèvement de 10%.

La CIA place à Genève une femme de choc

Les rapports de la Suisse avec l’oncle Sam occupent largement la presse dominicale. L’activisme des services de renseignement américains sur sol helvétique préoccupe ainsi la «Sonntagszeitung» et le «Matin Dimanche» qui, dans une enquête commune, révèlent que la CIA dispose depuis le 3 juin d’une nouvelle cheffe à Genève - une femme au profil apparemment aguerri puisque son employeur a salué ses «efforts exceptionnels» au Pakistan en 2007 et, lors de son séjour au Kenya, elle a eu l’occasion d’empêcher la vente de 33 chars ukrainiens au Sud-Soudan. Le service de renseignements de la Confédération, de son côté, ne disposerait que de cinq personnes pour se charger du contre-espionnage.

S’exprimant dans plusieurs publications dominicales, le conseiller fédéral chargé de la Défense, Ueli Maurer, se déclare conscient d’une hausse des activités de renseignement étrangères en Suisse - la Genève internationale constituant un «biotope privilégié», selon ses termes retranscrits dans le «Matin Dimanche». D’après lui, le Conseil fédéral autoriserait l’ouverture d’une enquête du Ministère public de la Confédération si des indices devaient étayer les confessions de l’espion repenti Edward Snowden, relatives notamment au piège alcoolisé tendu à un banquier genevois. Le ministre se montre toutefois sceptique quant à la véracité de ces déclarations et exclut d’offrir l’asile au lanceur d’alerte exilé à Hong Kong: l’homme a enfreint les lois de son pays, relève le conseiller fédéral, et il s’agirait d’un «autogoal» alors que la Suisse réclame que les voleurs de données opérant en Suisse soient sanctionnés.

Des entreprises suisses confiantes envers l’informatique US

Alors que les services secrets US semblent avoir champ libre sur les circuits informatiques, selon les dires du même Edward Snowden, le «Matin Dimanche» souligne les risques pris par un certain nombre d’entreprises helvétiques dont les communications internes transitent par des serveurs installés aux Etats-Unis. Le transfert de la structure informatique du cimentier Holcim sur Google Apps a ainsi été annoncé en mars, dans l’allégresse. La même firme héberge les boîtes de courrier électronique des 8000 employés de l’éditeur Ringier depuis 2010 et celles des 90000 employés de Roche depuis 2012, tandis que Novartis recourt à un service de sauvegarde en ligne sur les serveurs de Microsoft.

Un état de fait que Sébastien Fanti, avocat spécialiste de la protection des données, juge «complètement fou» et révélateur d’un «manque total de vision stratégique». Les simples particuliers sont aussi concernés: la messagerie que Sunrise offre à ses abonnés est en fait une version du Gmail de Google, rhabillée avec le logo de l’opérateur téléphonique. Swisscom, pour sa part, assure que ses serveurs Bluewin sont localisés en Suisse.

Le mécanisme des amendes américaines

Au moins ne trouve-t-on pas d’établissement bancaire parmi les entreprises helvétiques ayant confié leur communication interne à des circuits informatiques américains. Le sort de la Lex USA aux chambres fédérales continue de faire couler de l’encre ce dimanche, alors que le «Matin Dimanche» analyse le rôle pivot joué dans le débat fédéral par des écologistes «décomplexés» et s’étonne du fait que les partis opposés au projet du Conseil fédéral soient de fait majoritaires au sein de ce même collège.

De son côté, la «NZZ am Sonntag» détaille l’architecture des amendes qui menacent les banques ayant pris des libertés avec la législation fiscale de Washington. «Un processus extrêmement structuré et réglementé», lit-on.

Des tabelles d’amendes précisent les circonstances atténuantes ou aggravantes qui peuvent être prises en compte et dans quelle mesure elles peuvent influencer le montant final. Lequel dépend de la taille de l’établissement visé (nombre d’employés), des profits réalisés par la société fautive ainsi que du dommage subi (pertes pour le fisc américain). Sur ce dernier point, la marge d’appréciation de l’administration américaine fait que le montant final de la sanction demeure difficile à jauger d’avance.

Mendiante remboursée

Zéro franc: c’est le montant final de l’amende qu’une mendiante roumaine de 42 ans aura versée au canton de Genève, en dépit de la vingtaine de contraventions qui lui avaient été infligées en 2008. Le «Matin Dimanche» révèle cette nouvelle victoire obtenue par l’avocate et pasionaria de la défense des roms, Dina Bazarbachi. Celle-ci a en effet obtenu que soient restitués ces prochains jours, avec intérêts de 5%, les 2588 francs que la police avait puisés début 2009 dans les poches de la mendiante, au titre de recouvrement de ses amendes, contestées, lesquelles ont toutes atteint le délai de prescription.

Selon la femme de loi, la décision de la Chambre pénale de recours ouvre la voie à une restitution globale de l’ensemble des sommes saisies depuis 2004 sur les mendiants. L’affaire agace le conseiller national libéral Christian Lüscher qui estime que «la population est lasse des manoeuvres judiciaires des mendiants roms».