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L'ombre du Niesen sur le lac de Thoune: magique.
© Jan Ryser/Keystone

L'étranger en Suisse

Le Niesen, la plus haute des pyramides suisses

Pas besoin de se rendre en Egypte pour aller admirer Khéops: un sommet des Alpes bernoises aux formes presque parfaitement géométriques a inspiré de nombreux peintres

Du 30 juillet au 3 août, Le Temps visite cet été quatre sites helvétiques qui ressemblent à d'autres, dans d'autres pays...

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Ce n’est pas une des sept merveilles du monde. Ni même la montagne la plus connue de Suisse: elle n’atteint de loin pas la notoriété du Cervin, l’icône incontestée des cimes helvétiques. Pourtant, le Niesen fascine les foules comme il a envoûté plusieurs peintres. Certains l’ont baptisé «la plus haute pyramide du monde». Et celle-là, on peut la gravir!

Par rapport à d’autres sommets des Alpes bernoises plus prestigieux, comme l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau, il a l’air d’un nain, le Niesen: il ne culmine qu’à 2360 mètres d’altitude. Mais aux portes de l’Oberland, il trône si majestueusement sur le lac de Thoune qu’il reste gravé dans tous les esprits. Ici, une constellation d’éléments fait la différence: «Cette montagne a la forme idéale d’un triangle que même un enfant peut dessiner», note Beat Hächler, le directeur du Musée alpin suisse à Berne, qui consacre cette année une exposition à La beauté des montagnes. De plus, le fait qu’elle soit isolée de toute chaîne et facilement accessible à tout le monde renforce les émotions qu’on y ressent, même en cas de temps maussade.

Ah, le brouillard et les nuages! Ils privent parfois les touristes de l’ivresse des belvédères. Mais un dicton précise: «Quand le Niesen porte un chapeau, c’est qu’il va faire beau.» Si son ascension – pour laquelle il faut compter entre trois et cinq heures – ne présente aucune difficulté pour un randonneur moyen, elle peut en revanche réserver quelques frayeurs. Même en cas de temps dégagé, le brouillard peut envelopper le sommet en quelques minutes, limitant soudain la visibilité à une quinzaine de mètres. Mais rarement pour très longtemps: «En général, il disparaît assez vite», déclare Bruno Petroni, auteur d’un livre sur cette montagne, Der Niesen und seine Bahn (Ed. Schäfli & Maurer).

Ce reporter de 56 ans est l’arrière-petit-fils d’un maçon et mineur italien qui, au début du XXe siècle, a quitté sa Toscane natale pour émigrer dans l’Oberland et y construire, entre autres, le tracé du funiculaire, l’un des plus raides de Suisse avec une déclivité de 68% à certains endroits. Le chantier, sur lequel travaillent par moments 350 personnes, a duré quatre ans. Achevé en 1910, il permettra à un large public d’y jouir d’un des panoramas les plus magiques de Suisse: au nord-ouest, la Suisse romande et la chaîne du Jura, au sud-est, le lac de Thoune et les Alpes.


Lire aussi: la «Gazette de Lausanne» du 14 juillet 1910


Ce funiculaire hors du temps, c’est une des attractions du Niesen. Chaque année, il transporte quelque 100 000 visiteurs jusqu’à l’auberge du sommet, en passe d’être agrandie. Il circule sur son tracé originel dans des voitures rouges équipées de rustiques bancs de bois. «Il est encore entièrement mécanique», souligne son chef d’exploitation, Hansueli Mani, qui n’en est pas peu fier. Cet hiver, celui-ci s’est rendu à Stoos, dans le canton de Schwytz, où l’on a inauguré l’an dernier un funiculaire high-tech et ultrarapide. «Tout y est aseptisé. Il n’y a plus de place pour l’émotion», regrette-t-il. Au Niesen, c’est tout le contraire. On parcourt les 3,5 km en une petite demi-heure, en transitant par une station intermédiaire à Schwandegg. On prend le temps d’y éprouver le vertige d’une nature sauvage et préservée de tout tourisme hivernal.

Malgré cette lenteur, tout est unique ici. A côté du funiculaire, un interminable escalier, le plus long du monde: il compte 11 700 marches qui lui ont valu son inscription dans le livre Guinness des records. Hélas, malgré une forte demande, il est strictement interdit de les emprunter: «C’est trop dangereux: le funiculaire risquerait de happer les promeneurs sur des marches qui ne sont étroites que d’environ 50 centimètres», explique Hansueli Mani. Dès lors, cet escalier n’est accessible que lors d’une compétition en juin, qui attire des coureurs d’une quinzaine de pays. «Je l’ai faite une fois. A la fin, on frise le délire», raconte le chef d’exploitation.

Le Niesen est aussi un paradis pour les parapentistes. «De par son isolement, elle est la montagne idéale pour effectuer de longs vols: elle permet de partir dans toutes les directions en fonction des vents», note Bruno Petroni, un adepte de ce sport. Ce n’est pas un hasard si le détenteur d’un record d’Europe, un certain Christian Maurer, est parti du Niesen. Après avoir volé sur une distance de 330 kilomètres, il a atterri en Autriche.

Hodler, Klee, Amiet…

La pyramide suisse a aussi envoûté les peintres: Ferdinand Hodler, Paul Klee ou encore Cuno Amiet l’ont immortalisée sur de nombreux tableaux au début du XXe siècle. Hodler l’a peinte une dizaine de fois, notamment depuis la vallée de la Kander. Klee en est ébloui lors d’un séjour à Gunten au bord du lac. Amiet la sublime depuis Thoune. Souvent, les peintres illustrent ce formidable contraste entre la montagne et l’eau, ce triangle de roc qui semble se renverser dans le lac.

De l’aube au crépuscule, le Niesen fascine. Peut-être parce qu’on peut y grimper de cinq endroits différents: du Diemtigtal, de Wimmis, Mülenen, Reichenbach et Frutigen. «A chaque fois, c’est une autre montagne avec d’autres paysages», raconte encore Bruno Petroni. C’est cela, la magie de cette montagne.

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