Une semaine après son décès dans la nuit du 30 avril au 1er mai au pénitencier de Crêtelongue lors d'un renvoi forcé, le requérant d'asile nigérian de 27 ans a enfin un nom et un visage: Samson Chukwu. Mardi, dans l'Aargauer Zeitung, ses deux frères, actuellement en Allemagne voisine, déclarent attendre un visa pour venir en Valais et obtenir des éclaircissements sur sa fin tragique: «Nous voulons connaître la vérité.»

Pour l'instant, on n'en est pas encore là. L'enquête menée par le juge d'instruction Jacques de Lavallaz suit son cours. Le témoignage du compagnon de cellule du requérant semble confirmer qu'il n'y a pas eu violence policière. Mais il manque encore un document essentiel pour comprendre les raisons du décès, un rapport d'autopsie complet. Certes, les premiers éléments divulgués au lendemain de cette issue tragique ont écarté l'hypothèse d'un passage à tabac ou de coups administrés par les deux policiers chargés du transfert à l'aéroport de Kloten, mais les causes du décès restent «indéterminées».

Dans ce contexte pourtant, le jour même du drame, le conseiller d'Etat Jean-René Fournier, responsable de la sécurité et des institutions, avait devancé toutes les conclusions de l'autopsie en affirmant sans grande réserve que l'homme était décédé d'une crise cardiaque. Les frères du requérant doutent d'une telle cause. En fait aucun élément n'est venu l'étayer et l'Institut de médecine légale de Lausanne n'a rien laissé entendre de tel. Aujourd'hui, selon le juge d'instruction de Lavallaz, le corps du Nigérian a été «libéré» des mains des légistes. Des prélèvements ont été effectués pour des analyses plus approfondies, dont les résultats ne seront pas connus avant plusieurs semaines. Ce qui tend à démontrer que les causes du décès ne sont pas si évidentes.

Par ailleurs, l'autorité valaisanne a d'emblée présenté la personne décédée comme un trafiquant de drogue. Son avocat d'office depuis avril 2000, Laurent Schmid, précise que Samson Chukwu a été condamné en première instance à 18 mois avec sursis dans une affaire où il avait fait l'objet d'une dénonciation de tiers: «Pour qu'un requérant d'asile obtienne le sursis dans une affaire de stupéfiants, il faut croire qu'il n'avait pas fait grand-chose», fait-il remarquer avec une certaine ironie. La chambre pénale a d'ailleurs reconnu, dans le cadre d'un recours contre la détention en préventive du prévenu, que les éléments tendant à l'accuser étaient peu crédibles. L'avocat espérait donc obtenir l'acquittement en appel au Tribunal cantonal.

Le décès de ce requérant a passablement choqué les milieux de défense des réfugiés. En particulier François Jacquettaz responsable du centre Suisse-Immigrés en Valais: «Je me pose des questions. Au lendemain du décès, il a été dit par la police que l'homme s'était débattu et qu'il y avait eu une bagarre violente. Ensuite, le rapport d'autopsie dit qu'il n'y a pas trace de violence. Pour le reste, j'ai eu des informations selon lesquelles un homme dont les mains sont menottées ou ficelées dans le dos et qui tombe sur le ventre peut soudainement manquer d'oxygène et décéder d'une crise cardiaque». D'autres s'interrogent sur l'utilisation éventuelle d'un spray ou d'autres produits visant à «calmer» l'individu.

L'affaire ne s'arrêtera pas là. La présidente de la commission consultative en matière de mesures de contrainte, Fabienne Bernard, a convoqué d'urgence son comité pour obtenir des éclaircissements sur les circonstances du drame. Cette réunion doit avoir lieu aujourd'hui. En attendant que les frères Chukwu viennent demander des comptes aux autorités helvétiques sur la fin tragique de leur frère Samson.