Le Temps: Avec une baisse d'impôts conjuguée à une hausse accrue des charges de personnel et des investissements, votre budget 2009 est résolument optimiste. Ne craignez-vous pas les effets de la crise?

Claude Lässer: Il est optimiste, mais nous tenons compte de la crise. Les baisses fiscales aideront à absorber les hausses du coût de la vie. Et notre politique d'investissements, à notre niveau, est anticyclique. Si les cantons et la Confédération en font autant, cela devrait permettre d'assurer une vitalité à l'économie et de réduire ainsi les effets de la crise.

- Ne craignez-vous pas d'avoir surévalué les recettes fiscales?

- Non, nous avons été très prudents dans nos projections. Le budget 2009 est encore tributaire de la bonne conjoncture et du développement démographique de ces dernières années. Par ailleurs, le tissu économique fribourgeois, qui s'appuie sur des secteurs primaire et secondaire importants, est moins sensible aux secousses financières. Certes, la crise aura certainement un impact sur la consommation et sur le carnet de commandes des entreprises fribourgeoises. Nous en tiendrons compte lors de l'élaboration des futurs budgets.

- Le boom démographique que connaît le canton est-il positif? Il induit certes des impôts, mais aussi des charges supplémentaires, non?

- La forte croissance démographique est un gage d'avenir. Cela occasionne des charges supplémentaires, mais je préfère cela à une décrue de la population. Malgré cette situation, le taux de chômage est bas à Fribourg. Même s'il y a de nombreux pendulaires, c'est un signe de vitalité de notre économie.

- En Suisse alémanique, les collectivités publiques semblent plus circonspectes sur les perspectives pour 2009.

- Ça dépend des cantons. Il est vrai que ceux, comme Zurich, dotés d'un fort secteur bancaire, prévoient des budgets déficitaires. A Bâle-Ville, non, car le produit des impôts de l'industrie pharmaceutique compense le manque à gagner de ceux des banques.

- Existe-t-il un décalage entre les cantons alémaniques, qui ont pour la plupart baissé leurs impôts les années précédentes et peignent désormais des budgets prudents, et ceux de Suisse romande, plus optimistes?

- C'est possible. Mais je note que les cantons plus circonspects quant à l'avenir ne sont pas ceux qui ont été les plus actifs dans les baisses d'impôts. Zurich, par exemple, n'a pas été offensif sur le terrain de la fiscalité.