Sur la corde raide depuis plusieurs mois, les coûts des Nouvelles transversales ferroviaires alpines (NLFA) sont en train de basculer dans l'abîme. Les maîtres d'œuvre, BLS Alptransit SA (Lötschberg) et Alptransit Gothard SA, ont transmis en début d'année à l'Office fédéral des transports (OFT) leurs plus récentes estimations. Celles-ci font état de surcoûts inattendus de quelque 700 millions de francs, soit 500 pour l'axe du Gothard et 200 pour le Lötschberg. Le directeur de l'OFT, Max Friedli, en a informé jeudi la Délégation de surveillance des NLFA (DSN), composée de six conseillers nationaux et de six conseillers aux Etats. Celle-ci n'a pas caché sa surprise. Elle est d'autant plus étonnée qu'elle suit régulièrement l'évolution du dossier et qu'elle n'a pas vu venir un dépassement d'une telle ampleur. «La situation est grave et nous la prenons très au sérieux. Mais ce n'est pas une catastrophe nationale», commente son président, Andrea Hämmerle (PS/GR).

En réalité, un dépassement était déjà attendu. C'est pour cela que le Conseil fédéral a présenté en septembre un crédit additionnel de 900 millions. Mais si celui-ci inclut certains aménagements non prévus au départ, il ne suffira sans doute pas à couvrir la totalité des 700 millions avancés par les constructeurs (voir ci-dessous). Certaines dépenses telles que le financement d'adjudications désavantageuses sur l'axe du Lötschberg, d'autres dues à des difficultés géologiques et le doublement du tunnel sous le Monte Ceneri sont comprises dans ce crédit additionnel. En revanche, les exigences financières supplémentaires présentées par certaines entreprises participant à la construction ne le sont pas. «Les contrats ont été conclus sur la base de données géologiques précises. Si ces conditions se modifient, les entreprises peuvent demander des surplus par rapport au contrat. Ce qui nous étonne ici, c'est l'ampleur de ces suppléments qui, tous, ont été déposés entre juin et décembre 2003», résume Andrea Hämmerle.

Lorsqu'elle est saisie d'un doute, la DSN peut faire des recommandations ou demander des enquêtes. C'est ce qu'elle a fait l'an dernier, lorsqu'elle a transmis à la Commission de la concurrence (Comco) ses soupçons sur l'existence d'une entente cartellaire sur les prix du ciment. Dans le cas présent, c'est l'OFT qui va faire les premières démarches. Max Friedli reçoit ce vendredi des représentants de BLS Alptransit SA et d'Alptransit Gothard SA pour tenter d'éclaircir ces questions. La discussion portera non seulement sur les prétentions supplémentaires des entreprises, mais aussi sur les adjudications faites à des prix trop élevés. La DSN attend de l'OFT qu'il fasse preuve de fermeté. «Il ne doit pas accepter des hausses de coûts qui ne seraient pas dûment justifiées», prévient l'un de ses membres, Simon Epiney (PDC/VS).

De son côté, la DSN a agendé une nouvelle réunion au 19 février, à laquelle participera Moritz Leuenberger. Elle se penchera en particulier sur les possibilités d'économies. Constatant que le crédit additionnel de 900 millions risque de ne pas suffire, elle n'exclut pas de tailler dans le vif. Simon Epiney a ce qu'il appelle des «dépenses somptuaires» dans le collimateur. Il propose de revoir les normes prévues pour l'évacuation des eaux et de l'air, les canalisations ou encore les sorties de secours. «On en a prévu une tous les 350 mètres. Si on les espace de 500 mètres, on peut économiser 10 à 15 millions», cite-t-il à titre d'exemple. Si cela ne suffit pas, il n'est pas impossible que l'on renonce à réaliser certains accès. Le tunnel du Hirzel, entre Zoug et la Suisse orientale, est déjà passé à la trappe. Le Zimmerberg, entre Zoug et Zurich, et le Monte Ceneri pourraient connaître le même sort.

Ces obstacles financiers interviennent alors que le deuxième programme d'allégement budgétaire est en préparation. Or, dans le premier plan d'assainissement, il a déjà été décidé d'échelonner les travaux des NLFA. Andrea Hämmerle part de l'idée que le calendrier prévu pour le Lötschberg (ouverture en 2007) sera maintenu. En revanche, le tunnel du Gothard, qui aurait dû être achevé en 2014, ne le sera pas avant 2016 ou 2017. Au plus tôt.