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«No Billag»: le non conforte son avance

Selon le deuxième sondage mandaté par la SSR, les Suisses rejettent la suppression de la redevance radio-TV à 65% contre 33%. Le suspense reste total au Tessin

La tendance au non à l’initiative «No Billag», qui exige l’abolition de la redevance radio-TV, se confirme. Selon le deuxième sondage de l’institut gfs.bern pour le compte de la SSR, cette initiative devrait être rejetée assez largement: l’écart est passé à 32 points. Le non recueille pour l’instant 65% d’intentions de vote, contre 33% seulement pour le oui.

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Si cette tendance était attendue, ce sondage n’en recèle pas moins quelques surprises. D’abord, le Röstigraben que l’on pouvait craindre s’est complètement résorbé. En Suisse romande comme outre-Sarine, l’écart est désormais exactement le même, soit 33 points. C’est étonnant, dans la mesure où les observateurs ont jusqu’ici tous noté un climat de campagne beaucoup plus agressif en Suisse alémanique, où l’institution qu’est la SSR a été très critiquée ces dernières années.

Le 14 juin 2015, 19 cantons et demi-cantons sur 26, tous alémaniques, avaient rejeté le nouveau système de perception de la redevance, qui n’avait été approuvé de justesse que grâce au soutien décisif des Romands. Or, aujourd’hui, c’est paradoxalement en Suisse romande que le oui à «No Billag» progresse – certes, légèrement (3 points).

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L’énigme du Tessin

Mais la grande énigme de ce deuxième sondage concerne la Suisse italienne, où les deux camps se retrouvent soudain au coude à coude, soit à 48% de part et d’autre. Certes, c’est toujours dans cette région que la marge d’erreur est la plus grande en raison du nombre plus petit de sondés. Mais tout de même: voici un mois, le non y comptait encore une avance de 40 points! Ce résultat a plongé tous les observateurs dans un abîme de perplexité. Chez les partisans du service public, personne ne s’attendait à un tel retournement de situation dans un canton où la SSR emploie quelque 1100 collaborateurs.

La Lega se met en pause

D’un avis unanime, les détracteurs de l’initiative se sont fortement mobilisés ces dernières semaines, ce qui pourrait avoir eu un effet contre-productif. On émet aussi l’hypothèse du changement de stratégie de la part de la Lega. Ce parti protestataire, qui a toujours fait de son combat contre la SSR l’une de ses batailles favorites, n’argumente plus vraiment en faveur du oui. Il appelle désormais les Tessinois à faire de cette votation un signal à adresser au monde politique. Ce n’est plus un oui pour supprimer la future redevance annuelle de 365 francs, mais pour obliger la SSR à se restructurer.

Quoi qu’il en soit, le résultat qui s’annonce serré fait craindre le pire aux opposants de l’initiative: ceux-ci craignent que la Suisse alémanique ne réclame une modification de la clé de répartition des rentrées de la redevance, qui pourrait devenir moins généreuse pour le Tessin.

Les initiants à court d’arguments

Hormis cet enjeu régional, la votation semble jouée. Rien n’annonce un mouvement de protestation qui pourrait déboucher sur une surprise le 4 mars prochain. Les sondeurs notent que les initiants n’ont qu’un seul argument de poids jouant en leur faveur: 60% des gens estiment que la SSR «est trop grande et qu’elle doit économiser».

En revanche, les opposants à l’initiative ont plusieurs slogans qui font mouche auprès des votants: ceux-ci sont 71% à vouloir maintenir une offre de contenus d’égale qualité dans toutes les régions linguistiques, 68% à rejeter des programmes qui seraient trop dépendants des sponsors privés, et même 61% à redouter la mort non seulement de la SSR, mais aussi des chaînes privées qui touchent une quote-part de la redevance.

Des UDC douteraient-ils?

Dans l’ensemble, ce deuxième sondage rassure les opposants à «No Billag»: «Le vent a tourné, car les gens se sont rendu compte à quel point cette initiative est destructrice», remarque Mark Balsiger, chef de la campagne contre «No Billag». «Même l’électorat de l’UDC commence à douter», ajoute-t-il.

Nicolas Jutzet évoque le «prochain débat»

De leur côté, les initiants n’y croient plus vraiment, mais ne baissent pas pavillon, ainsi que le confie le responsable romand de la campagne Nicolas Jutzet. «Nous devons désormais nous battre pour un oui le plus fort possible, de manière à obliger la SSR à réduire sa voilure et à l’empêcher de livrer une concurrence déloyale sur Internet lorsque le débat sur la prochaine loi sur l’audiovisuel s’engagera.»

Son texte d’opinion: «No Billag» ne menace pas la sécurité nationale

Dossier
La controverse «No Billag»

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