«Nous espérons pouvoir surmonter la crise actuelle et continuer à œuvrer avec vous au succès de l'Hôtel.» En s'adressant aux 400 employés de l'hôtel Noga Hilton par un courrier daté du mercredi 16 juillet, la direction du cinq-étoiles genevois a tenu à les rassurer. D'autant que la Société anonyme du Grand Casino (SAGC) qui les emploie a été mise en faillite le 10 juillet par le Tribunal genevois de première instance, comme le révélait mardi la Tribune de Genève. La lettre signée par le vice-président de Hilton pour l'Autriche, la Suisse et l'Europe de l'Est, Didier Martin, propose aux employés de l'établissement que la société Hilton International (Suisse) reprenne aux mêmes conditions leurs contrats de travail. Officiellement, la démarche de la chaîne hôtelière semble s'inscrire dans la logique des choses. Elle cache pourtant une réalité plus complexe et plus préoccupante.

Pour l'heure, Nessim Gaon a déposé un recours au Tribunal fédéral contre la mise en faillite avec demande d'effet suspensif. Si celui-ci n'est pas accordé, tout pourrait aller très vite. Au point que les 400 membres du personnel du Hilton pourraient perdre leur emploi. La société Hilton International, qui est au bénéfice d'un accord de management avec la SAGC depuis vingt-cinq ans, craint en effet d'être éjectée du complexe qui domine la Rade de Genève. Un complexe qui est propriété, depuis la vente aux enchères de mai 2001, de UBS (165 millions) pour la majorité des chambres d'hôtel, le restaurant, la galerie marchande, la salle de spectacle et 200 places de parc. La banque BNP Paribas a pour sa part investi 58 millions par le biais d'Immobergues SA pour acquérir l'arrière du bien immobilier.

La perspective, pour Hilton, de devoir un jour peut-être quitter cet emplacement privilégié à Genève agite de toute évidence les esprits. Dans ce dossier, certains jugent l'attitude des deux banques particulièrement agressive et supputent qu'elles souhaitent saisir l'occasion qui se présente pour vendre l'immeuble et obtenir au passage une plus-value immobilière évaluée à quelque 100 millions. Des groupes américains auraient déjà manifesté leur intérêt. L'autre souci, c'est d'être contraint par les deux établissements bancaires de renégocier les conditions dont bénéficie Hilton. C'est sans doute la raison pour laquelle cette dernière a voulu d'emblée renforcer sa position en offrant de reprendre tous les contrats de travail de la SAGC.

Démenti

Du côté de UBS, on dément formellement la volonté d'éjecter la société Hilton. «En créant la société C.Y. Management, notre but était précisément d'assurer la continuité de l'exploitation. Les employés de l'hôtel n'ont donc rien à craindre», relativise son porte-parole Serge Steiner. Ce dernier reconnaît néanmoins que l'objectif prioritaire de UBS dans cette affaire est de vendre. A BNP Paribas, Charlotte Leber infirme elle aussi les scénarios catastrophes évoqués au sein de la société Hilton. La directrice de la communication relève qu'il est dans «l'intérêt de la banque que le Hilton continue de fonctionner. C'est le meilleur moyen de recouvrer nos créances». Emblème de la période de spéculation immobilière à Genève, le Noga Hilton continue décidément à écrire sa propre histoire…