Les Noirs établis en Suisse ont, pour la plupart, subi des actes racistes et se révèlent très méfiants vis-à-vis des structures censées prendre leur défense dirigées par des Blancs. Voilà ce qui ressort nettement de la première enquête du genre réalisée en mai et juin auprès d'une centaine de personnes d'origines africaines. Résultats des courses: le Groupe de réflexion et d'action contre le racisme anti-Noir (GRAN) a jugé samedi, lors de son assemblée générale qui s'est tenue à Berne, indispensable de fonder une organisation faîtière représentant toutes les communautés noires de Suisse. «L'organe indépendant agira comme un observatoire de tous les actes racistes visant les Noirs et comme une structure faîtière ayant pour rôle d'impulser, d'encadrer et de coordonner les activités de groupes de terrain selon une thématique donnée ou par région», explique Kanyana Mutombo, rédacteur en chef de la revue Regards africains et membre du GRAN. L'organisation faîtière verra officiellement le jour le 3 novembre prochain.

Le GRAN a été créé en avril 2000 au sein du Forum suisse contre le racisme (FCR) dans le cadre de la préparation de la conférence mondiale de l'ONU sur le racisme qui se tiendra du 28 août au 7 septembre à Durban (Afrique du Sud). Le 23 juin dernier, il a convoqué les premières assises des communautés noires à Berne auxquelles ont participé 120 personnes. La réunion s'est soldée par l'adoption d'une «Déclaration de Berne sur le Racisme anti-Noir», qui ne se contente pas de demander aux autorités suisses d'améliorer leur arsenal législatif, juridique et administratif pour la lutte contre le racisme, mais revendique également de la part des médias, une meilleure représentation de la «réalité africaine». Le texte, qui tient sur quatre pages A4, ne manque par ailleurs pas de rappeler qu'un gros travail devrait être effectué dans les écoles pour parler des méfaits de la colonisation et de la traite négrière. Les participants aux assises organisées en partenariat avec la Commission fédérale contre le racisme (CFR) ont ainsi appelé la Suisse à jouer les bons offices entre anciens pays colonisateurs et colonisés «afin de les encourager à adopter une Déclaration de reconnaissance du double Holocauste noir (traite négrière et colonisation)». Un souhait qui s'est envolé, déplore Kanyana Mutombo. «La Suisse reste totalement rangée derrière les autres nations occidentales par solidarité raciale (et donc raciste): le président de la Confédération n'envisage même plus de se rendre à Durban, pour faire comme George W. Bush qui va soit boycotter la conférence soit envoyer une sous-délégation pour protester contre la mise à l'agenda de la question des réparations.» Et de préciser que le GRAN a décidé hier d'envoyer une lettre de protestation à Moritz Leuenberger. Selon Dimanche. ch, le Conseil fédéral resterait discret par crainte de s'attirer les foudres de l'UDC dans sa campagne anti-ONU. Adopter un profil trop haut dans une conférence pour ainsi dire vouée à l'échec, permettrait à l'UDC de souligner l'inutilité des réunions internationales…

Le GRAN revendique clairement le droit à des réparations pour l'esclavage et le colonialisme auprès des pays concernés. Et estime qu'un fonds de compensations semblable à celui créé l'an dernier en Allemagne pour les victimes du travail forcé sous le nazisme, doit être instauré. Une nouvelle conférence internationale réunissant historiens et juristes devrait se pencher tout particulièrement sur cette question des dommages après celle de Durban. Et, toujours selon le GRAN, la Suisse devrait là aussi, «par sa position de nation non négrière et non coloniale», y endosser le rôle de médiateur. Une manière pour le pays de se «racheter» vis-à-vis de sa politique trop complaisante à l'égard du système de l'apartheid.