«La ville de Fribourg baigne dans une ambiance morose, sans aucune ambition digne d'un glorieux passé qui a vu la construction de la cathédrale au Moyen Age ou du boulevard de Pérolles à la fin du siècle dernier», regrette Christoph Allenspach.

A 45 ans, le président du parti socialiste local rêve d'un dynamisme retrouvé afin de changer l'image d'une cité carte postale dégageant l'image d'une vieille ville aux sens physique et mental du terme. A la fois acerbe et documenté, il a développé ses critiques dans le dernier bulletin de Pro Fribourg, qui vient de paraître. L'ancien vice-président de cette association, de promotion et de développement critique du patrimoine fribourgeois, accuse directement les autorités en général, et le syndic Dominique de Buman en particulier, de s'enfermer dans des querelles intestines au lieu d'aborder de manière large et ouverte le développement de l'agglomération fribourgeoise.

«Dominique de Buman dirige la ville en notable, comme si c'était son domaine réservé. Il ne comprend pas les problèmes. Populiste, il travaille pour sa carrière politique, pas pour le bien de la ville», poursuit le socialiste. Les deux hommes ne se parlent d'ailleurs plus depuis cinq mois à la suite du conflit issu de la nomination controversée du socialiste Pierre-Alain Clément à l'exécutif communal.

Christoph Allenspach n'est pas le seul à regretter ce climat de léthargie et de blocage du pouvoir. Gérard Bourgarel, député écologiste sortant et secrétaire de Pro Fribourg, renchérit: «La situation se dégrade. Il faut réagir avant la constitution formelle de l'agglomération qui ne verra pas le jour avant 2005 ou 2006. Dominique de Buman est trop directif et ne supporte pas la critique. Il faut mettre en place une nouvelle équipe, hors des cercles qui se partagent le pouvoir de génération en génération, comme les Masset, Buman ou Bourgknecht. Le spectacle des tiraillements personnels dégoûte la population de la politique et paralyse tout renouveau.»

«La ville de 35 000 habitants est gérée au jour le jour, sans perspectives, comme un village tiraillé par des querelles de clocher.» Pour Christoph Allenspach, il est en effet plus facile de dresser la liste des dysfonctionnements de la capitale fribourgeoise que celle de ses succès marquants. Le maintien d'une partie des emplois de la brasserie Cardinal ou l'accueil triomphal, en 1997, d'une étape du Tour de France cycliste ne pèsent finalement pas très lourd face à une situation tendue, due aux conflits récurrents qui empêchent l'agglomération fribourgeoise de se doter des infrastructures socio-culturelles que possède tout pôle de plus de 50 000 habitants.

Préfet appelé à la rescousse

Fribourg n'a toujours pas, par exemple, de grand théâtre, de vaste piscine couverte ou d'un réseau de transports urbains performant. Les terrains en friches, anciennes zones industrielles désaffectées, sont légion près du centre ville, notamment le long de la voie ferrée.

Ces dysfonctionnements, actuellement analysés par une société spécialisée dans la réorganisation administrative, ne s'expliquent pas seulement par des problèmes, que d'autres centres d'agglomération connaissent, tels que la fuite des contribuables aisés vers la campagne, un fort endettement, une concentration de résidents étrangers et d'assistés sociaux ou encore un intense trafic pendulaire, mais aussi par des conflits de personnes à l'intérieur ou entre les pouvoirs constitués.

Appelé à la rescousse au début de l'année, à la suite d'une «dénonciation pour violation du secret de fonction», le préfet Nicolas Deiss a été stupéfait en découvrant un climat rendant difficile toute action collective d'envergure. Les mesures de légère démocratisation du fonctionnement de l'exécutif communal, introduites au mois de mars, ne changent pas la situation de fond. Christoph Allenspach considère qu'il est possible de sortir de ce cercle vicieux en intégrant toutes les synergies de l'agglomération. «Il faut lancer un débat d'idées sur l'utilisation des terrains en friches au centre ville le long de la voie ferrée, puis concrétiser ces objectifs de développement dans un vaste concours d'architectes-urbanistes.» Un «marketing par l'architecture» qui vise à redonner à la région de Fribourg l'éclat et la renommée perdus.