«Les Verts doivent-ils faire valoir leur droit à un siège au Conseil fédéral»? La façon dont la direction du parti a formulé la principale question posée à l'assemblée des délégués, réunie samedi à Binningen dans la grande banlieue de Bâle, est révélatrice de l'état d'esprit des écologistes.

Leur victoire électorale leur confère à leurs yeux un certain nombre de droits qu'ils entendent faire valoir tout de suite, intégralement et sans trop de diplomatie. L'affirmation de ces droits a d'ores et déjà entraîné un conflit avec le PS. Dans la revendication de leurs droits à plus de commissions, à des présidences de commissions et à la présidence du National, les Verts sont entrés en conflit avec les socialistes, qui n'hésitent pas à parler d'arrogance à propos de ceux qui étaient jusqu'ici des partenaires privilégiés. Si les Verts avaient pris au sérieux les vagues promesses qui leur avaient été faites lors de la session décentralisée de Flims à propos de la présidence du National, les socialistes ont fort mal pris qu'ils se fondent sur ces promesses pour opposer d'emblée une candidate à la leur pour la présidence du National. La verte bâloise Maya Graf sera en effet opposée aujourd'hui à la socialiste Pascale Bruderer pour la deuxième vice-présidence du National. Mais ce qui a le plus mal passé chez les socialistes, c'est l'adoption de Josef Zisyadis par le groupe parlementaire vert, qui a fait perdre un siège dans toutes les commissions au PS.

Les Verts, admet Thérèse Frösch, cheffe du groupe parlementaire, ont fait de la surenchère en offrant deux sièges en commission au popiste vaudois alors que le PS ne lui en offrait qu'un seul. Mais c'est à son avis de bonne guerre, puisque les autres groupes ont refusé un élargissement des commissions, qui aurait offert des sièges supplémentaires aux Verts sans les prendre à quelqu'un d'autre. Les autres groupes, se plaint encore Thérèse Frösch, «ont réparti les présidences des commissions sans nous consulter, on nous traite mal, ce n'est pas admissible, nous ne nous laisserons pas marcher sur les pieds».

Avec leurs 22 représentants à l'Assemblée fédérale, les Verts ont mathématiquement droit à un siège au Conseil fédéral, un siège qui est même mathématiquement plus légitime que le deuxième siège du PS, a-t-il été relevé samedi. Vaut-il dès lors mieux le revendiquer dans une perspective réaliste, c'est-à-dire au détriment des radicaux lors du départ de Pascal Couchepin, position soutenue par de nombreux Alémaniques, ou maintenant dans le cadre d'une croisade idéologique et idéaliste contre Blocher? Telle est la question dont ont longuement débattu les délégués samedi. Il faut séparer, a plaidé le Zurichois Daniel Vischer, la question de l'offensive contre Blocher de celle de la participation des Verts au Conseil fédéral. Il n'y a pas la place aujourd'hui pour une autre constellation politique au gouvernement et remettre en question l'un des deux sièges de l'UDC est voué à l'échec.

Luc Recordon a lui-même longuement plaidé pour une autre interprétation. Ce qui est en cause, a-t-il argumenté, c'est la «ligne blochérienne», qui se traduit par un non-respect inquiétant des valeurs républicaines ou fondamentales. Pour le nouveau conseiller aux Etats vaudois, il n'est plus possible de conserver Blocher au gouvernement, il faut «donner la priorité aux valeurs fondamentales sur l'obtention d'un siège au Conseil fédéral». En fin de compte, l'assemblée a décidé par 132 voix contre 16 de revendiquer un siège au Conseil fédéral et par 115 voix contre 35 de lancer la candidature de Luc Recordon contre Christoph Blocher.

Les Verts demeurent prêts à céder la place, dans l'offensive contre Blocher, à d'autres, à commencer par les démocrates-chrétiens. Ils ne sont pas fâchés, par ailleurs, de faire la leçon au PS, puisque les socialistes proclament depuis des mois qu'ils ne rééliront pas Blocher mais ne proposent rien de concret.

Certains élus socialistes, justement, pensent qu'il y aurait des candidatures plus utiles que celles de Luc Recordon et pensent que la verte libérale Verena Diener, qui a défait Ueli Maurer à Zurich, serait plus efficace contre Blocher. D'autres rêvent encore de susciter une candidature alternative dans les rangs mêmes de l'UDC.