L'image de la Suisse terre d'asile perdrait-elle de son lustre? Pour la première fois depuis 1994, le nombre de personnes réfugiées ou requérantes a marqué une baisse en 2000: à la fin de l'année, elles étaient 98 480, au lieu de 133 008 un an auparavant. C'est 26% de moins. Dans le même temps, 17 611 personnes ont demandé l'asile contre 46 068 l'année précédente, ce qui représente une baisse de 61,8%.

Sans doute, les retours volontaires ou contraints au Kosovo sont pour beaucoup dans la diminution de cette population: «Si 1999 fut l'année des arrivées, 2000 aura été celle des départs», a résumé le directeur de l'Office fédéral des réfugiés (ODR) Jean-Daniel Gerber, mardi à Berne, lors de la présentation des statistiques annuelles. Bien que formant toujours la plus grande partie de la population placée sous la responsabilité de l'ODR (23 298 personnes, 23,7%), les Kosovars furent deux fois plus nombreux à quitter le sol helvétique que l'année précédente et huit fois moins nombreux à demander l'asile. Mais cela ne suffit pas à expliquer que la Suisse se situe largement en tête en termes de baisse des demandes d'asile.

A l'ODR, on refuse de considérer l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'asile à la fin de 1999 comme déterminante: «Les mesures de contrainte existaient depuis 1996. La nouvelle loi n'a fait que les reprendre», observe le porte-parole Dominique Boillat, qui parle d'un «déplacement vraisemblablement provisoire des filières». Entre autres explications, Jean-Daniel Gerber invoque le durcissement de la loi italienne à l'égard des passeurs et l'idée répandue que «la Suisse est pleine et que les conditions d'accueil y sont parfois difficiles».

Le point sur les retours au Kosovo

Cette présentation fut également l'occasion de faire le point sur les retours au Kosovo, qui expliquent largement les chiffres des départs. Pour Jean-Daniel Gerber, les phases II et III ont confirmé le succès du programme d'aide au retour entamé en juillet 1999. Au point que l'ODR, en collaboration avec la Direction pour le développement et la coopération, a mis au point six projets spéciaux, destinés aux ressortissants de pays tels que le Sri Lanka ou la Turquie. Sept autres seront mis à l'étude en 2001.