En saisissant le 9 juillet le Ministère public de la Confédération (MPC) d'une plainte pénale contre inconnu pour violation du secret de fonction, la chancelière Annemarie Huber-Hotz cherche à faire la lumière sur la divulgation d'un projet de lettre confidentielle tirée à dix exemplaires, dont sept distribués aux membres du collège gouvernemental.

Adressée à la délégation des commissions de gestion des Chambres et diffusée par des médias, la lettre concerne les relations entre la Suisse et l'Afrique du Sud et plus particulièrement un rapport additionnel de la délégation contenant de vives critiques contre Samuel Schmid. Ce dernier aurait entravé les travaux de la délégation. Si en plus de trois ans d'activité, la chancelière de la Confédération a, pour la première fois, déposé une telle plainte, des indiscrétions relayées dans la presse poussent assez régulièrement l'administration fédérale à réagir de la sorte. «Nous sommes saisis de plusieurs cas par année émanant de la Chancellerie, du Conseil fédéral ou de l'Assemblée fédérale», confirme Hansjürg Mark Wiedmer, porte-parole du MPC. Outre l'enquête qui vient de s'ouvrir, une autre est actuellement en cours concernant une affaire d'entraide judiciaire.

Parmi les fuites fortement médiatisées figure celle qui engendra «l'affaire Carlo Jagmetti». Le Département fédéral des affaires étrangères a en janvier 1997 déposé plainte contre la SonntagsZeitung pour avoir publié des extraits d'une note interne rédigée par Carlo Jagmetti. Certains termes utilisés ont suscité une vive polémique, l'affaire des fonds juifs ayant notamment été assimilée à une «guerre». L'ambassadeur avait préféré donner sa démission plutôt que de présenter des excuses. En juin 1995, Facts fait état de tensions entre Ruth Dreifuss et Adolf Ogi en s'appuyant sur un co-rapport du Département de l'intérieur sur la réforme des CFF: le Conseil fédéral a porté plainte. Rebelote en mai 1996, alors que le SonntagsBlick publie les conclusions d'un rapport sur le financement des assurances sociales. Le MPC avait été jusqu'à organiser la surveillance téléphonique du journal. Arnold Koller désapprouvant les écoutes, l'affaire a été classée. Autre indiscrétion qui a fait parler d'elle: en 1983, un pasteur réussit à se procurer un rapport confidentiel. Il s'avéra que le conseiller fédéral socialiste Willi Ritschard en personne le lui avait confié.