Le Conseil fédéral a nommé vendredi l'ambassadeur Michael Ambühl, actuellement chef du Bureau de l'intégration (BI), secrétaire d'Etat du Département des affaires étrangères, en remplacement de Franz von Däniken, qui quittera son poste à la fin du mois de janvier. Cette nomination n'a guère causé de surprise à Berne, tant Michael Ambühl faisait figure de favori. Peu connu du grand public, comme Franz von Däniken du reste, il a été l'inspirateur, l'animateur et la cheville ouvrière des négociations bilatérales II, après avoir fait partie de l'équipe chargée de négocier, à Bruxelles, les Bilatérales I. Identifié depuis des années au seul dossier européen, il n'en a pas moins l'expérience des relations multilatérales, acquise dans ses affectations précédentes.

Bernois, né en 1951, Michael Ambühl est entré en 1982 aux Affaires étrangères. Il a fait son stage à Berne et Kinshasa, avant d'être affecté en 1984 à la centrale, à la section Nations unies et organisations internationales. Transféré à New Delhi en 1988, il y a dirigé la section économique de l'ambassade, avant d'être nommé en 1992 à Bruxelles. Conseiller à la Mission suisse auprès des Communautés européennes, il y participa déjà à la délégation chargée des Bilatérales I. En 1999, le Conseil fédéral le nomme ambassadeur et chef du Bureau de l'intégration, à la succession de Bruno Spinner. Depuis 2001, il a été négociateur en chef pour les Bilatérales II.

En choisissant avec Michael Ambühl un diplomate classique au bénéfice d'une vision et d'une connaissance approfondies du dossier européen mais loin d'être limitées à l'Europe, le Conseil fédéral a opté pour la continuité, a précisé vendredi Micheline Calmy-Rey. «Depuis deux ans que nous travaillons ensemble, j'ai appris à connaître son engagement et ses qualités de négociateur, a ajouté la ministre des Affaires étrangères, nous nous entendons bien et nous fonctionnons de manière complémentaire.» Le nouveau secrétaire d'Etat, qui entrera en fonctions au début février, sera donc à la barre pour les mois cruciaux de la campagne sur Schengen/Dublin et sur la libre circulation et, à maints égards, il est l'homme de la situation. «Dans un pays qui connaît la démocratie directe, rien n'est fini, remarque-t-il lui même, tant que le peuple n'a pas dit oui.»

Il est bien placé pour le savoir, ayant fait partie de l'équipe qui a préparé la première votation sur l'ONU, en 1986. Le rejet avait alors été massif, tous les cantons avaient dit non. Après un séjour à New Delhi, Michael Ambühl avait été transféré à la Mission suisse à Bruxelles lorsqu'est survenu l'échec de l'EEE. Berne n'a pas eu alors d'autre choix que d'opter pour la voie bilatérale et il est devenu l'un des acteurs des premières négociations bilatérales, beaucoup plus longues et beaucoup plus âpres que les secondes, frôlant à plusieurs reprises la rupture, où il s'est particulièrement mis en évidence dans le dossier du transport routier. En 1999, il a été nommé à la tête du BI pour vendre les résultats de ces négociations à l'opinion, avec le succès que l'on sait. En mai 2000, les accords bilatéraux ont été acceptés avec une majorité de plus de 67%.

On attribue à Michael Ambühl la conception de l'architecture des Bilatérales bis, dans lesquelles les concessions faites sur la fiscalité de l'épargne et la lutte contre la fraude sont équilibrées par l'ouverture de Schengen-Dublin. Dans la peau du négociateur en chef, il les mène avec les qualités qui sont les siennes, une sorte de génie imaginatif et parfois tortueux de la négociation, associé à la ténacité d'un pitbull qui ne lâche jamais le morceau. Sa force de conviction n'est pas seulement mise à contribution face aux négociateurs bruxellois. Il doit également en user à l'occasion avec le Conseil fédéral, où certains doutent parfois d'arriver au but sur l'ensemble des dossiers ouverts. Michael Ambühl ne doute jamais ou il le cache bien. De ses études en mathématiques appliquées à l'ETH de Zurich, il a gardé le goût de la modélisation. Le chef du BI a ainsi mis les Bilatérales II et leur dynamique en équations. Ses schémas peuvent paraître déroutants pour le profane, mais force est de constater a posteriori que les choses se sont passées exactement comme il l'avait prévu, Bruxelles finissant par céder après des épisodes de tension.

La nomination de Michael Ambühl devrait rassurer le Conseil fédéral pour les campagnes référendaires sur Schengen/Dublin et la libre circulation. Il est aussi le garant d'une certaine stimulation intellectuelle pour imaginer et mettre en musique l'après-Bilatérales. Avec lui, Micheline Calmy-Rey s'adjoint par ailleurs un secrétaire d'Etat loyal et rigoureux, qui promet de tenir efficacement la boutique en permettant à la cheffe du département de se consacrer à ce qui l'intéresse vraiment, la promotion de la paix.