C'est niet! Sur la cinquantaine de créanciers de Loèche-les-Bains, tous ceux (15 à 20) qui ont répondu mercredi refusent le plan d'assainissement présenté par les trois commissaires ad hoc. Le plan rejeté – «à des degrés divers», nuance Hans-Caspar Nabholz, un des régisseurs nommés par l'Etat du Valais – proposait d'abandonner 80% des créances envers la commune, dont les dettes s'élèvent à 180 millions de francs. On peut doubler la somme en y ajoutant celles des sociétés touristiques et de la bourgeoisie.

Le canton du Valais s'est refusé jusqu'ici à assumer une responsabilité financière dans cette débâcle. Tout au plus s'est-il déclaré prêt à «apporter son aide, par exemple sous forme d'avances pour faire face aux prétentions», précise son porte-parole Michel Clavien. Le conseiller d'Etat Jean-Marie Fournier, en charge du dossier, n'était pas joignable mercredi pour commenter le rejet des créanciers, qui désavoue non seulement le travail mené jusqu'ici par les commissaires, mais aussi l'attitude du Conseil d'Etat.

Hans-Caspar Nabholz se dit peu surpris des réactions. «Les créanciers ne s'attendaient pas à faire une telle perte, certains se font encore des illusions parce qu'il s'agit d'une commune.» Mais faut-il parler d'illusions ou de méfiance? Ainsi, Daniel Vogel, responsable des finances chaux-de-fonnières et solidaire malgré lui d'un emprunt de Loèche, s'estime mal informé sur la valeur des actifs de Loèche. «Je peux comprendre son sentiment, répond Hans-Caspar Nabholz. Nous avons choisi de liquider d'abord les affaires de la commune pour gagner du temps; l'évaluation des actifs des sociétés reste provisoire, les réaliser prendra du temps. Notre plan prévoit clairement que les créanciers seront remboursés au prorata des sommes prêtées si ces ventes donnent des résultats meilleurs que prévu.»

Pour le régisseur, une chose est sûre: une solution négociée est urgente et n'empêche pas une éventuelle action en justice contre les responsables communaux ou cantonaux. «Plus on perd de temps, plus on perd de l'argent», résume-t-il. Les trois commissaires convoqueront ce mois encore une assemblée des créanciers en espérant que ceux-ci se regrouperont davantage qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici autour d'une contre-proposition.

L'autre solution consisterait à appliquer la loi fédérale de 1947 réglant «la poursuite pour dettes contre les communes et autres collectivités de droit public cantonal». Ce serait une première. Mais cette voie équivaut à une impasse, assure Hans-Caspar Nabhloz. En effet, le législateur de l'époque, optimiste, n'avait pas prévu le cas où l'insolvabilité d'une commune atteindrait les sommets de Loèche-les-Bains…

«Après six ans de tutelle au maximum, on se retrouverait à la case départ», avertit le régisseur. Plus elle pourrit, plus l'affaire de Loèche pénalise l'ensemble des communes suisses, dont l'endettement global atteint 40 milliards. Un accroissement du taux d'intérêt de 0,5% causé par une réputation ternie entraînerait une charge annuelle supplémentaire de 200 millions. Et une cotation sévère de leur santé financière touchera d'abord les plus faibles – y compris celles qui n'ont pas eu la folie des grandeurs de Loèche.