Les référendaires contre le crédit d'étude destiné au nouveau musée cantonal des beaux-arts de Lausanne se bousculent sur la piste des autos tamponneuses du Luna Park installé à Bellerive. A quelques pas du site controversé où campent ces jours les forains et où devrait surgir le bâtiment promis aux collections d'art qui cherchent un logis digne de leur renommée.

Le comité référendaire «Pas au bord du lac», aux ordres de Pierre Santschi, conseiller communal vert à Lausanne, rassemble des personnalités aussi hétéroclites que Franz Weber, Michel Thévoz -ancien conservateur de la Collection de l'art brut -, le député d'Ecologie libérale Jacques-André Haury, l'UDC Gabriel Poncet -auteur du rapport de minorité battu mardi dernier au Grand Conseil -, Victor von Wartburg -fondateur de Rives publiques -, Julien Goumaz -architecte et instigateur du Collectif pour un Grand Rumine -, Chantal Wetzel -présidente de l'Association foraine de Suisse romande, Isabelle Chevalley -égérie d'Ecologie libérale, ou encore Roland Wetter, du Mouvement pour la défense de Lausanne. Sans parler de Freddy Buache, absent pour cause de Festival de Cannes.

Tous se battent contre l'emplacement retenu, loin du centre-ville, mais pas contre un nouveau musée, jurent-ils sous le regard de Bernard Fibicher, actuel directeur des Beaux-arts, qui s'est invité à la conférence de presse. Histoire de «connaître les adversaires du projet», a-t-il avoué. Il s'est réjoui du vote populaire. Même s'il craint l'impatience des donateurs privés. Alors qu'il devine déjà le travail à accomplir pour convaincre les Vaudois et résister à la force de frappe des opposants.

En effet, avec Franz Weber -scandalisé par «cette verrue au bord du lac» -, les référendaires gagnent non seulement l'appui d'une figure charismatique, mais également le réseau de l'association Helvetia Nostra, fort de 10000 adresses. Indispensables pour récolter 12000 signatures en quarante jours.

«Transversal», selon le mot de son président, le comité va profiter de son enracinement dans des milieux très différents. Même si le soutien des partis lui fait défaut, tant le sujet divise les formations politiques incapables de rallier tous leurs élus, membres ou sympathisants pour ou contre le musée. La bataille s'annonce d'ailleurs véhémente. Et les discussions improvisées sur place laissent entrevoir la dureté du face-à-face futur. Les accusations de mauvaise foi réciproques circulant déjà au sujet des images utilisées et des informations diffusées par un camp comme par l'autre.

Outre la sauvegarde des lois négligées par le projet, de l'intérêt public sur les visées des collectionneurs privés, du paysage lacustre et du plus grand Luna Park de Suisse, sans oublier le Cirque Knie, que d'aucuns voudraient associer au référendum, le comité «Pas au bord du lac» veut surtout un musée au centre de Lausanne. A la Riponne, au pied de la cathédrale. «C'est l'objectif à atteindre, une fois remporté le référendum, assure Julien Goumaz, contre les pressions des collectionneurs et contre l'idée selon laquelle il n'y aura pas de musée en dehors de Bellerive.»