Genève

La non-affaire Luc Barthassat

Irrité que la «Tribune de Genève» s’intéresse à une avance sur salaire qu’il aurait demandée, le conseiller d’Etat s’est indigné sur Facebook. Depuis, le «médias-bashing» n’en finit plus

Une avance sur salaire, une enquête avortée et un déballage sur les réseaux sociaux. Voilà le résumé d’une affaire qui aurait dû se dégonfler toute seule. C’est oublier qu’au bout du lac, tout prend une ampleur démesurée. Dans le rôle des protagonistes: le conseiller d’Etat Luc Barthassat et la Tribune de Genève (TdG). Point de départ: des questions adressées par un journaliste, à titre indicatif, au magistrat chargé des Transports à propos de cette avance qu’il aurait, semble-t-il, reçue.

Jusqu’ici, rien d’extraordinaire, la pratique est légale, bien que rare. Mais sur le coup de 18 heures, le magistrat court-circuite la «procédure» et, sans répondre aux sollicitations, dénonce la curiosité de la TdG sur sa page Facebook publique. S’ensuit un déferlement de commentaires orduriers envers les journalistes, décrits comme des «escrocs jaloux», des «imbéciles». Comment un début de questionnement s’est-il soudain transformé en une opération de médias-bashing?

«Une nouvelle basse attaque»

Visiblement piqué au vif par des questions qu’il considère relever de sa sphère privée, Luc Barthassat a dégainé l’extincteur sur sa plateforme favorite. «Revoilà une nouvelle basse attaque avec un nouvel angle: «Barthassat aurait demandé une avance de salaire avant de partir en vacances…» écrit-il, alors même que la TdG n’a encore rien publié à ce stade. «Suis-je le seul à me poser la question de la pertinence et de la crédibilité de ce type d’article? Croient-ils vraiment que ça intéresse la population?» questionne-t-il encore, s’érigeant soudain juge et partie d’une enquête qui n’en était encore qu’à ses balbutiements.

Lire aussi: Grégory et Luc Barthassat, «jamais sans mon fils»

Pourquoi avoir dévoilé une «non-affaire»? Luc Barthassat évoque un lien de confiance inexistant avec certains journalistes de la TdG. «J’ai choisi de ne pas répondre à une demande que je trouvais injustifiée. J’ai expliqué les faits directement, et je l’assume. J’ai un grand respect pour le journalisme, je ne blâme pas les médias en général, mais je refuse simplement de subir des attaques répétées et gratuites.»

Partie de rien, l’affaire prend aujourd’hui des airs de saga. La TdG sort finalement jeudi sa «drôle d’enquête sur l’avance sur salaire de Luc Barthassat», et le magistrat Mauro Poggia réagit à son tour, volant au secours de son collègue. «Le silence, comme la page blanche, permet tous les fantasmes», note-t-il, dénonçant un «article d’une vacuité remarquable, décrivant sa vaine quête d’une vérité aussi supposée qu’imaginaire et malveillante. Faute de scoop, il reste le flop!»

Violence verbale

La violence des commentaires interpelle, cependant. «Encore un journaleux qui a la plume pas au bon endroit», lâche un internaute. «Faute d’arguments, la Tribune at­­ta­­que sur tout et n’importe quoi», dénonce un autre. Certains n’hésitent pas à ironiser sur les récents licenciements dans la presse romande. «Les places étant de plus en plus rares dans le métier d’écrivaillon de province, il leur faut trouver une victime régulièrement.» Loin de condamner ces dérapages, le magistrat en rajoute: «C’est une blague?» lui demande-t-on. «Non, un Bob» (brève humoristique paraissant le samedi dans la «Julie»).

Luc Barthassat fait-il désormais partie des intouchables, ceux que les journalistes doivent prendre avec des pincettes? Ceux qui, comme Oskar Freysinger, rechignent à répondre aux questions et jouent les divas? L’anecdote en dit long sur sa méthode de communication. Le magistrat dit les choses telles qu’il les pense, il est proche du peuple et l’a toujours revendiqué. Difficile, toutefois, de ne pas voir l’incohérence qui pointe. Il protège soigneusement sa vie privée des journaux, mais n’hésite pas à l’exposer sur Facebook, un espace tout aussi public. Risqué.

Publicité