L'affaire des sociétés Norit et Gefipro, qui laisse un préjudice d'au moins 100 millions de francs, a été l'une des plus graves de ces dernières années à Genève. Le procureur Bernard Bertossa a réclamé mercredi un verdict de culpabilité contre le principal accusé, un financier brésilien, et ses deux associés valaisans. «Jusqu'à la faillite, ceux-ci n'ont raté aucune occasion d'attirer de nouveaux clients. Et derrière les gros chiffres, il y a de petites victimes.»

Dans le prospectus où s'affichaient ses administrateurs, Gefipro vantait les mérites de sa «gestion individualisée et rigoureuse des risques de pertes». A la chute, en 1994, les sociétés affichaient un total de 84 millions de pertes, transférées auprès d'une société offshore aux Bahamas. Sur ce montant, 19 millions ont été prélevés directement par le financier brésilien. Il a toutefois refusé de s'expliquer sur leur destination.

Face au jury, l'un des administrateurs valaisan est revenu sur sa position. Il a admis qu'il connaissait les pertes et les opérations fictives. Il savait aussi que le système informatisé de gestion des changes n'était plus utilisé. Le troisième accusé continue, lui, à contester sa responsabilité. Le procureur général a toutefois estimé qu'en tant qu'administrateur, il ne pouvait ignorer une situation connue de tous.

Les deux Valaisans étaient d'anciens banquiers, qui portaient beau, et auxquels le train de vie de leur patron permettait de gagner la confiance des investisseurs, souvent des retraités. Certains de ces derniers ont perdu les économies de toute une vie, à concurrence parfois de plusieurs millions. Pour le Parquet, il y a ainsi eu escroqueries par métier.

De leur côté, les huit avocats représentant les victimes ont démonté «le mythe du financier qui panique et qui recourt à la cavalerie». Les parties civiles soutiennent que Norit et Gefipro ont été une «entreprise de spoliation, dès le départ en 1989», a relevé Me François Canonica. Cela, «par goût du lucre et du paraître». Le procès se poursuit aujourd'hui avec les plaidoiries de la défense.