Sur la ligne de «la Brouette» en construction en 1873

«Nos enfants risquent d’être écrasés» par le LEB

«On nous communique la pétition suivante adressée au Conseil d’Etat par un certain nombre de citoyens de Jouxtens-Mézery:

Jouxtens-Mézery, le 29 sept. 1873.

Au Conseil d’Etat du canton de Vaud.

M. le Président et messieurs,

Les soussignés, habitant la commune de Jouxtens-Mézery, ont l’honneur de venir vous demander de mettre la Compagnie du chemin de fer de Lausanne à Echallens [l’actuel Lausanne-Echallens-Bercher, dit LEB ou «Brouette»] en demeure de prendre de suite les mesures nécessaires pour clôturer la voie, installer les gardes aux passages à niveau, et éviter ainsi de terribles accidents, qui, heureusement, n’ont pas encore eu lieu, mais ont failli arriver ces jours derniers.

Les locomotives circulant toute la journée, à toute vapeur, sur la grande route, celle-ci devient fort dangereuse, non seulement pour les piétons, les chars et le bétail, mais surtout pour les enfants.

La voie du chemin de fer étant dépourvue de barrières sur tout son parcours, les enfants continuent à y jouer et à circuler comme par le passé; ils y viennent même plus souvent, attirés par la curiosité, et ne quittent les rails que lorsque la locomotive est tout près de les atteindre. Non seulement ces pauvres innocents risquent d’être écrasés, mais ils peuvent, bien involontairement, faire dérailler les trains, en posant des pierres, des morceaux de bois sur les rails, toutes choses qu’ils considèrent comme un jeu.

De ce qui précède, les populations vivent dans l’inquiétude et se demandent pourquoi sur tous les autres chemins de fer, qui, ­grâces à Dieu, ne circulent pas sur les routes, on exige des barrières et des gardes-voies pour les passages à niveau, tandis que sur le chemin de fer d’Echallens, qui longe une grande route de 1re classe, il n’y a rien de pareil. – Le cahier des charges impose à la Compagnie l’établissement de barrières là où ce sera jugé nécessaire, mais cette condition est par trop élastique, et dût-on la mettre à exécution que ce n’est pas une raison d’attendre que des accidents soient arrivés.

Actuellement le danger est encore plus grand, la construction de la ligne nécessitant de fréquents transports de matériaux, qui ont lieu à grande vitesse et à tout moment. On aurait pu supposer que la direction des travaux interdirait au moins la circulation des locomotives et wagonnets pendant la nuit, mais il n’en est rien, car jeudi, 25 septembre, à 7 heures moins ¼ du soir, un wagonnet muni d’une lanterne descendait à toute vitesse la pente de Romanel au Chasseur; samedi, 27 dit, à 7 heures du soir, la locomotive circulait également.

Nous osons donc espérer, M. le Président et messieurs, que notre sollicitude, à l’égard de ce qui le mérite, nous sera acquise dans le cas présent, et nous nous permettons d’insister de nouveau sur la pose immédiate de barrières le long de la voie et l’installation, à poste fixe, de gardes, aux principaux passages à niveau.

C’est avec conviction et énergie que nous faisons cette demande, car il ne s’agit plus de parti pris, de bon ou de mauvais vouloir à l’égard d’une entreprise, mais bien de citoyens vaudois, qui ont le droit de réclamer protection pour leurs familles, dont la vie est compromise tous les jours.

Agréez, etc. »

« Des citoyens vaudois qui ont le droit de réclamer protection pour leurs familles, dont la vie est compromise tous les jours »

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