Andreas Iten est un ancien conseiller d'Etat et conseiller aux Etats zougois. Sa retraite politique n'a pas laissé son esprit inactif. Toujours engagé à divers titres, il observe avec acuité la vie démocratique. Alarmé par le phénomène Blocher, il avait, dans son précédent écrit, démonté le mécanisme du discours blochérien: flatterie du peuple sain contre une classe politique méprisable, citations manipulées, etc. Avec son nouveau coup de plume, il prolonge sa démonstration, mais dans un sens résolument positif. Il n'y a pas que les discours populistes qui minent la démocratie, relève-t-il. Les scandales, la petite corruption au quotidien, le cynisme, l'attitude désabusée, la défense étroite des intérêts particuliers, autant d'images qui renforcent le préjugé populaire contre un monde vu comme faisandé.

Or, avec la politique, il peut et il doit s'agir de tout autre chose. En démocratie, c'est l'intérêt mais aussi l'art d'expliciter les vraies questions. C'est le plaisir de débattre et de rechercher des solutions. C'est la satisfaction dans l'exercice de charges publiques. Il faut y apporter ses capacités intellectuelles, mais aussi son cœur, sa sensibilité. A cet égard, dans son style particulier, l'exemple d'un Adolf Ogi est à saluer. L'auteur garde aussi un souvenir reconnaissant de Jean-Pascal Delamuraz. Certes, le goût, donc le style politique, change. Mais il y a des valeurs constantes du débat démocratique, valeurs à intérioriser; celles qu'un Jörg Haider, précisément, ne cesse de dénigrer. C'est donc par la tenue morale, la volonté éthique mais aussi le plaisir esthétique que dégagent les politiciens que se nouent les liens entre la politique et l'opinion. C'est par l'intensité de cette qualité humaine dans le champ politique que se dissipera l'impression que tout se joue dans une économie mondiale inatteignable.

On ne peut avoir de plaisir à la politique que si l'on y trouve, en effet, une expression du beau. Un compromis, après un beau débat, est aussi une réussite esthétique. La contradiction dans le débat est comme une forme artistique.

Trop de personnalités fortes refusent un engagement politique. Il faut rappeler la primauté, la dignité de la politique. Elle n'a pas comme but d'assurer le bonheur de chacun; mais de donner un cadre qui permette à chacun d'avoir sa chance.

Andreas Iten, par son credo, son appel au plaisir de l'engagement propose donc une sorte de résistance esthétique autant que morale aux coups de boutoir des populistes.

On trouvera, peut-être, que la démonstration a un tour un peu recherché, un peu académique, avec des tournures un peu compliquées. L'auteur n'est pas de langue allemande pour rien. Il serait intéressant de voir comment ce texte pourrait être traduit en français. Cela vaudrait la peine. Il y a une conviction raisonnée et instinctive, une santé, une confiance, pour tout dire un sens et une joie de la démocratie vécue dont l'effet est roboratif. Si un politicien chevronné peut quitter la scène dans cet état d'esprit, c'est que rien n'est perdu.