Décrypter le génome du rectorat

Lausanne Nouria Hernandez se prépare à prendre les rênes de l’UNIL en été 2016

Son défi: développer sa connaissance des équipes et des enjeux hors des sciences de la vie

La clarté du résultat, à environ deux tiers des voix, donne un signal clair de la communauté universitaire à l’intention de sa future patronne. Partie favorite, élue jeudi soir par le Conseil de l’Université de Lausanne, Nouria Hernandez «aura une grande légitimité», prédit Carine Carvalho, la présidente de ce «parlement» de l’académie; le conseil rassemble des professeurs, des représentants du corps intermédiaire, du personnel administratif et technique, ainsi que des étudiants.

Biologiste, spécialisée dans la recherche fondamentale sur les gênes, Nouria Hernandez deviendra rectrice de l’UNIL à l’été 2016, sous réserve que le Conseil d’Etat vaudois valide sa nomination. La scientifique succédera au mathématicien Dominique Arlettaz, qui dirige l’Université depuis 2006.

C’est assez rarement le cas dans les parcours universitaires. La future rectrice n’a pas encore de pied au sein de l’actuelle direction, elle n’a jamais été ni vice-rectrice, ni même doyenne de faculté. Rentrée il y a dix ans en Suisse après vingt ans passés aux Etats-Unis, active dans l’un des domaines porteurs de l’Arc lémanique, les sciences de la vie, Nouria Hernandez est surtout connue pour ses travaux dans l’étude du génome. Les gènes ne fonctionnent pas tous en permanence, certains demeurent silencieux tandis que d’autres sont activés par le jeu de processus biologiques qu’elle étudie depuis 1983. Ce champ de recherche fondamentale promet de mieux comprendre plusieurs maladies dans lesquelles ces mécanismes sont perturbés, telles que le cancer et l’obésité.

Née à Genève il y a 58 ans, Nouria Hernandez a obtenu une maturité latine au Collège Calvin, poursuivi ses études supérieures à l’Université de Genève, avant de passer trois ans à Heidelberg, en Allemagne, pour son doctorat en biologie moléculaire.

Partie pour un stage post-doctoral à l’Université de Yale, elle a ensuite gravi les échelons académiques à la Watson School of Biological Sciences, à Cold Spring Harbour près de New York. C’est là qu’elle a rencontré son mari, Winship Herr, biologiste comme elle, rentré avec elle en Europe en 2004 et actuel directeur de l’Ecole de biologie de la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL. Le couple a deux enfants, un fils et une fille.

En Suisse, Nouria Hernandez a aussi grimpé rapidement les échelons. Elle a été nommée professeure en 2005 au Centre intégratif de génomique (CIG) de la Faculté de biologie et de médecine. C’est là qu’elle a acquis son expérience de gestion: elle a dirigé le CIG de 2005 à 2014.

Ouverte, appréciée des étudiants, elle est «respectueuse des autres domaines que le sien», explique Laurent Keller, directeur du Département d’écologie et d’évolution de l’UNIL, qui fut membre de la commission qui l’a nommée professeure. Nouria Hernandez possède «un esprit rassembleur», ajoute Carine Carvalho. Des traits de caractère pour affronter ce défi: apprendre à connaître les autres facultés, notamment les Sciences sociales et politiques, le Droit, les Lettres ou HEC. «J’ai le temps d’apprendre ce nouveau métier, puisque je prendrai mes fonctions à l’été 2016 seulement», rassure la future rectrice.

Parmi ses priorités: «pousser encore l’excellence» de l’université, travailler «sur la maîtrise de l’avenir» et la durabilité, nommer davantage de femmes professeures, permettant de donner aux étudiantes et aux jeunes chercheuses davantage de modèles auxquels s’identifier. Autre élément important pour elle: faciliter la transition vers le monde professionnel des étudiants et des doctorants, puisque parmi ceux qui obtiennent une thèse, seuls 10% poursuivent une carrière académique. «Comme la majorité d’entre eux s’engage dans le monde du travail, nous devons leur apprendre à mieux prendre conscience de leurs atouts et de l’intérêt qu’ils représentent pour les entreprises, même hors de leur domaine de spécialisation. J’aimerais également rendre les étudiants plus conscients qu’une troisième voix existe: développer leur entreprise. L’EPFL possède cette culture, l’université bien moins, je souhaite encourager les jeunes à créer des entreprises responsables.»

«Les liens entre l’Université de Lausanne, l’EPFL, le CHUV, la Faculté de médecine et les Hôpitaux universitaires de Genève, ainsi que les futurs développements en biologie et en médecine dans ces institutions constituent un enjeu important des prochaines années, estime Laurent Keller. De ce point de vue, il sera positif pour l’UNIL d’avoir à sa tête une personnalité à l’aise dans ces domaines.»

Ouverte, appréciée des étudiants, elle est «respectueuse des autres domaines que le sien»